de bombay à Delhi 2007Accueil - Profil - Archives - Album photos - Amis |
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3 suite du journal de Bombay à delhi
- Publié à 09:57 le 7/06/2007 par francois Mardi 20 mars Ce matin, ciel dégagé, petite brise, l'air est plus sec. Petit déjeuner pris sur la terrasse, c'est le grand luxe. Juste devant l'hôtel; un quai, la mer est basse et le chantier naval sur 800m à droite. Les gros cargos en bois sont encore à contre jour mais dans trois heures j'aurai une bonne lumière... je marche vers le port et découvre de jolies maisons colorées avec des arches façon « Zanzibar ». Je visite un atelier de maquettistes naval de père en fils, ils réalisent de très belles maquettes en bois de dhows à voiles et ont des commandes pour les musées. Je discute bateaux et navigation avec le fils de la famille, il m'apprend que le bois des chantiers vient de Malaisie et que ces bateaux sont destinés au fret entre l'Inde et Dubaï, je lui achète une petite coque en teck. Je me fait interdire avec autorité l'entrée du port (zone stratégique), tant pis, les chantiers navals eux sont bien visibles; une dizaine d'unités de 40 m. de longueur sont en cours d'achèvement. Je pénètre à l'intérieur de l'un d'eux, des ouvriers hissent avec un palan un barreau de pont d'un mètre par un mètre de section long de 15m, la pièce doit bien peser plusieurs tonnes. Les planches des bordés font 15cm d'épaisseur, les couples; au moins 50 cm et le vaigrage intérieur encore 15 cm cela fait une coque de 80 cm d'épaisseur: c'est du solide! Séance de photographies et de dessins, le paradis... En fin d'après midi je me balade au frais dans les ruelles de cette charmante petite ville, les linteaux et frontons de portes sont ciselés dans la pierre, de beaux balcons en bois surplombent les rues, je me perds avec plaisir parmi une population souriante et accueillante. Mercredi 21 mars Aujourd'hui encore des balades dans Mandvi, je découvre d'autres bazars avec des petits passages couverts et des ruelles tortueuses, achat d'un cahier de dessin pour faire des croquis rapides, je teste autour de chameaux au repos près de la scierie. Hier j'ai dégotté un petit restaurant de rue musulman j'avais mangé un bon riz frit avec du poulet, le taulier est très agréable j'y retourne pour manger deux Pomfrets excellents. Un bon cyber café pendant le cagnard, une heure et demi quand même! L'après midi est bien avancé quand je me décide à partir pour une plage à quelques kms d'ici, mauvaise entente avec les rickshaws men qui me prenne pour Mital, le magnat de l'acier dans le monde (pour dire, il a marié sa fille au château de Versailles), je pars à pied et trouve un rickshaw sur la route qui me propose un prix indien mais qui ne parle que Kutchi. Je me retrouve largué sur une plage déserte où un jeune couple a ensablé leur voiture jusqu'au moteur et le becquet avant fait ancre dans le sable mou. Le conducteur a sûrement vu dans un film Bollywood une balade romantique pour emballer les filles. Je commence à dégager le sable sous la voiture, l'homme me regarde l'air intéressé, quand sa petite amie met la main à la pâte il s'y met quand même, l'auto est bien prise et malgré pierres et branches d'arbres reste enlisée, Je passe une bonne heure à les aider, pour finalement lui conseille d'utiliser son mobile pour appeler un 4x4 ou un tracteur, je ne peux rien faire de plus pour eux. La plage étant vide je prends un bain dans le plus simple appareil, le vent forme des vagues et le courant traversier très fort, au moins 5 nœuds, je garde pied par prudence, la mer est bien salée et chaude. Pour le retour, bien sur pas de rickshaw, il ne me reste plus qu'à marcher jusqu'au village voisin avant que la nuit ne tombe et prendre un rickshaw collectif. Au village j'explique tant bien que mal la mésaventure des deux tourtereaux ou étourneaux, on me répond que ce n'est pas mon problème et qu'ils trouveront une solution! Ça aurait été des occidentaux ils seraient sans doute déjà partis! Encore une fois c'est l'Inde et ses paradoxes. Le soir, dessin de rue animée avec une jolie mosquée en arrière plan en m'aidant de photos. Jeudi 22 mars En fin de matinée j'essaye une plage plus prés en traversant la rivière Rukmavati (un havre qui subit le marnage) en prenant la route à droite je devrais trouver l'hôtel Beach Resort et les éoliennes. L'hôtel est une ruine abandonnée je ne pourrais donc pas y déjeuner, je demande à mon rickshaw de m'attendre 15 minutes, le temps d'aller piquer une tête dans les vagues, la marée est basse et pour trouver l'eau à mi-cuisses je marche 200 m. dans la mer, finalement je fais quelques brasses dans l'eau tiède. Je rentre déjeuner au « yali » et part du coté des chantiers navals, en passant la tête à l'intérieur de l'un d'eux je suis invité à pénétrer à bord, salam alekoum, j'offre des cigarettes et m'installe au milieu d'eux avec mon carnet de voyage, les ouvriers sont occupés à déplacer une grosse pièce de bois à l'aide de palans, pendant que je peins, un enfant pose prés de moi une tasse de thé noir... Avant de partir, je photographie au 6x6, le dessin est comme un laisser passer, c'est une manière de s'intégrer au paysage et aux hommes, ils voient quel est mon travail et je me sens beaucoup moins voyeur pour faire mes photos. Le « cargo ship » Al Sameer mesure 50 m de longueur, il pèsera une fois fini plus de 250 tonnes, je me renseigne: chaque barreaux de pont pèsent à lui seul 5 tonnes. Je fini ma balade autour des grands bateaux le rolleiflex en bandoulière. Repas en compagnie d'un couple suisse italien qui découvre l'Inde mais qui ont bien baroudé autour du monde, point commun: les voyages, la photographie et la voile permettent de prolonger la soirée en discutant sur la terrasse de l'hôtel. Vendredi 23 mars Séance de travail sur l'ordi; les enfants de Marines dans le Val d'Oise ont bien accroché, réponses aux questions sur les animaux, les temples, les enfants en Inde, mes techniques de dessins, les dessins des pieds dans les temples leur paraissent « bizarre »... Je leur prépare un atelier de dessin pour apprendre à dessiner des Rangolis. Cet après midi je me paye une plage privée à 10 km dans l'ouest de Mandvi, un rickshaw m'y dépose, il reviendra me prendre vers 17 h. La plage est payante et complètement déserte seul un tournage de film à 200 m occupe une petite partie de la vaste plage, une paillote sert des plats un peu chers mais la tranquillité et l’isolement est un luxe en Inde. Pendant que j'attends mon plat j'observe des gros lézards caméléons qui se dorent au soleil sur le toit de palme, j'arrive à m'approcher d'assez près pour les photographier. Près de l'eau sous des parasols, quelques fauteuils occupés par des chiens... de luxe s’il vous plait. La mer est calme et sur ces quatre heures de vacances paradisiaque j'en passe au moins trois dans l'eau. Après m'être bien baigné j'aperçois un serpent d'eau qui se laisse porter par les vagues, quand je l'approche, il s'enfuit. Mon rickshaw arrive à l'heure prévue, retour sur Mandvi, balade dans le bazar, découverte de nouvelles ruelles où je m’égare encore, on perd complètement le sens de l'orientation dans ces labyrinthes, on est vendredi, il y a une belle affluence sur les marchés. Samedi 24 mars Ce matin, rituel des cartes postales pour ceux qui n'ont pas Internet et l'inévitable épreuve de la Post Office où il faut faire preuve de patience car l'employé administratif indien quitte toujours son guichet quand vous arrivez, il a le pouvoir de vous faire attendre et il en abuse, chaque papier est écrit en trois exemplaires, et il tape sur son clavier d'ordinateur avec un doigt en épelant les lettres de l'alphabet, il prend un malin plaisir à vous ignorer, pour ajouter au plaisir, le client indien qui est arrivé après vous, passe devant vous sans sourciller. Quand c'est enfin votre tour, l'employé administratif fait sa pause thé, enfin vous lui demandez douze (bara) timbres pour la France, il recompte cinq fois vos cartes postales et cinq fois la monnaie, l'employé administratif adore palper sans fin les liasses de billets, avec les femmes employées administratives vous pouvez ajouter une demi-heure à cette heure passée... Mais il faut dire que pendant ce temps, si vous avez un stylo et du papier vous pouvez écrire ce que je viens d'énoncer pendant que vous achetez des timbres!, c'est quand même ça de gagné. La patience est un art en Inde. L'après midi je fais des croquis le long du quai des chantiers navals et m'arrête à la scierie où les troncs de quinze mètres sont coupés au carré; aquarelle et visite des ouvriers à tour de rôle. Soirée dans le bazar, achat d'une jolie couverture pour le Rajasthan, achat de quelques pakoras (beignets de pomme de terre), de raisin, de petits gâteaux musulmans et de butter milk une crème anglaise avec des raisins secs, des noix de cajou et de la glace à la vanille pour me faire un petit repas à l'hôtel. Comme vous avez été sage: Bonus petite discussion indienne. 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Dimanche 25 mars Levé tôt pour me promener sur la rive Est du havre de Mandvi, Sanaksa est un village musulman de pêcheurs et de constructeurs de cargos ship, l'un d'eux a une architecture plus classique avec un bel arrière à voûte. Sur la grève plus loin des petites embarcations où des mareyeurs débarquent du poisson avec une charrette et un cheval. Retour à l'hôtel car je dois partir pour Jaisalmer dans le Rajasthan, un trajet de 800 kms. 11h, je prends une jeep pour Bhuj où j'ai réservé un bus de nuit avec couchette. A Bhuj j'ai quelques heures que je consacre à une séance au cyber café car j'ai maintenant 4 classes avec qui je communique et les questions fusent... Mon bus part à 17 h et doit arriver demain matin. 19h premier arrêt prolongé a Ghandidam, pleins d'hôtels pour routiers et toujours autant de camions truck dont la pollution absorbe un soleil rouge qui tente de percer, départ du bus, arrêt, re-départ et à 20h30 arrêt dans une gargotte plus que rustique où l'on mange un petit tali assis en tailleur sur un charpoy (un lit tressé en corde). A partir de 23h nous abordons le désert salé du Little Rann, dommage qu'il fasse nuit car le paysage a l'air fantastique et j'ai l'impression qu'on roule sur une route fortement enneigée. Pendant 100 kms route de galère, le bus ne dépasse pas les 30 km/h et s'arrête presque tous les kms pour passer de gros ralentisseurs. Evidement, la sono fonctionne heureusement à un régime soutenable et dans ma couchette j'arrive à dormir un peu entre les cris du titi qui annonce les arrêts fréquents. Nous passons Barmer et une demi-heure après, le soleil pointe son nez sur le désert, nous arrivons à Jaisalmer à 8h. Lundi 26 mars Je trouve une chambre dans la citadelle fondée en 1156 et placée sur la route de la soie, les maisons sont magnifiques, les ruelles pavées toutes mignonnes, un peu dommage que les boutiques de fringues et souvenirs débordent sur les façades mais c'est la rançon de la beauté de ce site, les vendeurs parlent presque tous quelques mots en 4 ou 5 langues, je leur parle un langage inventé, c'est assez drôle de voir leurs mines attentives et déconcertées. Une bonne douche et un vrai petit déjeuner et je pars à la découverte le la citadelle qui n'est pas très grande (400 m dans sa plus grande largeur), les maisons possèdent des balcons et des moucharabiehs en pierre ciselée, c'est vraiment, mais vraiment très très beau... Je passe de la citadelle à la ville fortifiée, nettement plus grande, par la place royale où le maharaja a fait construire un palais de 7 étages puis par plusieurs portes en contrebas, cette partie, moins historique présente quand même de beaux bâtiments, je flâne un bon moment dans un bazar attirant, m'arrête à la devanture d'un photographe qui expose des tirages de 1916 d'après plaques en verre, certaines sont rehaussées de couleurs, j'en achète deux et discute un long moment avec le vieil homme qui parle bien l' anglais, je contourne la citadelle pour la voir d'en bas dans la lumière déclinante et la dessine sur une double page de mon carnet, je suis un peu près et je ne vois qu'un quart des remparts mais c'est superbe! Je remonte dans mon nid d'aigle contempler dans une lumière orange et violette l'astre qui plonge dans le désert. Mardi 27 mars Aujourd'hui visite des deux petits musées du désert entretenus par une famille de la région, juste à coté, prés d'un petit lac une porte ouvragée le Tilon Ki Pol surmonté d'un beau temple dédié à Krishna, autour d'un chai rencontre avec trois musiciens, un français et deux Rajasthanais un petit concert se donne avec un joueur de Kartal (sortes de castagnettes plates) à la chorégraphie harmonieuse et un joueur de Ravanhattha, un son de Sarangi plus métallique et à la résonance cristalline. Plus tard, visite de Salam Singh Haveli construit il y a trois siècles, cette demeure appartenait au ministre du maharaja, le propriétaire m'explique lentement pour que je puisse tout comprendre; toutes les pierres en grès jaunes sont assemblées par un système de mortaises, certaines pierres décoratives assemblées sous les corniches sont fixées par un pas de vis ou une baïonnette en pierre et pouvaient servir de projectiles en cas d'attaque. Partout des éléments en moucharabiehs ciselés dans le grès tous différents. Les portes très basses impliquent de se prosterner et en cas de fuite intempestive de s'assommer, les escaliers pour cette même raison sont construits avec des marches exagérément de différentes hauteurs. Au dernier étage une salle de danse ouverte sur trois cotés par des fenêtres à balcons, la lumière du soleil est capturée par des centaines de miroirs concaves qui éclairaient les danseuses. Retour à la citadelle, thé à la cardamone avec les commerçants du coin qui sont très bavards et donc qui apprennent vite les langues étrangères... Aquarelle au Lakshminath Ji mandir; un beau temple Hindou, fuite avec l'arrivée de la nuit et des moustiques. Dîner au restaurant Tibétain: Momos au poulet et Momos épinard/ champignon/fromage, très bon et vue imprenable sur une façade du palais et la porte d'entrée de la citadelle. Il est minuit moins dix, la nuit est agrémentée par des chants et musiques de la région, je reconnais une mélodie souvent entendue dans les temples de l'Inde. Mercredi 28 mars 21h 30, retour à la petite chambre du désert hôtel après une journée entière passé dehors, un moment de bonheur en Inde c'est de s'asperger de grands seaux d'eau froide dans ces petites salles de bain où l'eau s'écoule par le sol. Ce matin après le petit déjeuner, je suis monté sur le toit du restaurant Little tibet où j'avais remarqué une belle face du palais à cette heure bien éclairée, dessin de la façade agrémentée de balcons et moucharabiehs ciselés, je suis en plein cagnard et sue à grosses gouttes sous mon chapeau de Srinagar, le dessin demande de la rigueur afin de respecter les élégantes proportions de l'ensemble, je superpose ce dessin par une plus petite aquarelle, il est midi passé quand je redescends à l'ombre pour ingurgiter un litre d'eau. Achat d'un beau carnet en papier naturel et couverture en cuir de chameau, pour un prochain voyage... L'après midi visite du palais du Maharaja descendant direct de Krishna, l'entrée un peu chère mais justifiée par un guide audio en français et un droit de photographies. Des que l'on passe la porte d'entrée, la température chute de quelques degrés grâce à un système architectural favorisant les courants d'air. La visite prend bien deux heures dans un bijoux de pierre, des objets variés, peintures, photographies, meubles sont superbement mis en valeur et les commentaires me font faire un beau voyage dans le temps. On passe d'une pièce à l'autre par des escaliers, des couloirs étroits, des balcons et derrière des moucharabiehs en dentelle de pierre pour arriver au toit d'où la vue sur 360 degrés est imprenable. Discussions avec les vendeurs de tissus, les joailliers, autour d'un thé avec un indien juste rencontré, à chaque fois une heure et la journée passe vite. Arrêt au Laxmi temple pour terminer une aquarelle commencée hier, balade vers l'ouest de la citadelle, la lumière baissante pénètre dans les ruelles et c'est un bon moment pour photographier, pause sur un toit avec un rafraîchissement jusqu'au coucher du soleil, la ville, vue d'en haut, prend des couleurs ocres rouges et violacées, les pigeons s'envolent comme dans un conte de fée. Petit contrôle de mon courrier e-mail, ce n'est pas très rapide dans la citadelle, il faudra trouver mieux, peut être en ville pour télécharger des images, dîner aux chandelles dans un restaurant Indo-Italien. Jeudi 29 mars Chaleur anormale pour la saison, 35 degrés. Déjeuner/dessins puis tentative de change a la State Bank of Bikaner and Jaipur, je ne vais pas me répéter mais c'est un peu l'ambiance; Post Office, la seule différence, qui n'est pas moindre, la personne qui change les devises est le directeur, bien sur, il est très occupé... et fier comme un coq ou comme un paon, l'emblème du Rajasthan. Le taux de change me paraît très bas et ce directeur est vraiment trop occupé et n'a cure de mes devises européennes. La gare routière est à quelques mètres, j'en profite pour prendre les horaires pour Bikaner. Il est 15h, Il fait encore très chaud, et me fait déposer par un rickshaw près de Gandhi chowk (entre 11 h et 16 h, les déplacements à pieds et à découvert sont du suicide!), je trouve une agence qui me propose un meilleur taux bancaire et rejoins Patwon-Ki- Haveli indiqué comme l'un des plus beau haveli. Au débouché d'une petite place et d'une ruelle, une façade somptueuse s'impose, je suis stupéfait par un tel travail de la pierre de désert, pour pénétrer dans la demeure il faut emprunter une autre petite ruelle pavée de pierres du désert, plutôt un passage car le Haveli se trouve de chaque coté et au-dessus de vous, relié par des couloirs en moucharabiehs. Pour schématiser, ce Haveli est architecturé sur 3 ou 4 étages autour d'une cour centrale de 70 M2, à chaque niveau ; des pièces sont ouvertes (ou pas!) sur l'extérieur par des balcons ou des moucharabiehs en dentelle de pierre, et coté cour, une coursive avec passages sous alcôves et rambardes elles aussi ciselées. Des balcons couverts débordent dans la cour et laissent admirer la débauche de ciselure de la pierre. Le sol pavé, lui est lisse et patiné ocre jaune.. Le toit permet d'admirer, avec vue panoramique, la citadelle sur une belle longueur. Dans trois heures, la citadelle sera dans sa plus belle couleur. Je redescends les hautes marches et les plafonds bas d'un étage et je tente un croquis rapide, il faudrait des heures pour faire une étude documentaire ! Autour de cette demeure princière ou ministérielle pour être plus précis, dans ce même quartier, sûrement une dizaine, peut plus, d'autres Havelis plus petits mais eux aussi de véritables pièces de joailleries. En ressortant de ce quartier, dans Gandhi showk, les Indiens sortent de leur sieste et les rues s'animent, Je tente une séance web, fait graver le 5éme CD , le jeune qui gère le cyber café est sympathique, il écoute Aznavour, et possède sur son ordinateur des centaines de titres de chansons françaises mais la connexion est impossible ou interminable, de l'ordre de 20 bytes/sec, ce n'est pas assez pour télécharger les images, j'abandonne. Rencontre avec Yvan le musicien qui me conseille un cyber café plus rapide vers la citadelle, prés d'un grand banian. A cette heure l'ombre est arrivée et les habitants de la ville sortent sur le trottoir prendre le frais et le chai, les remparts du fort sont dorés comme une couronne en or. Au nouveau cyber café, une connexion rapide et efficace, j'aime!... Juste a coté de la porte principale du fort, première boutique: la Bhang shop gouvernementale, normalement ces magasins n'existent que dans les villes saintes sauf dans quelques rares endroits où cela fait partie d'un patrimoine culturel. La substance se consomme ici mélangée à un lassi, thé, avec du jus de citron, l'effet est euphorisant, comme après quelques bières, seul précision au vendeur; light ou strong, comme la bière. Montée la nuit par les trois portes du fort placées dans une épingle à cheveux, les dalles du sol brillent lustrées par des milliards et des milliards de pieds humains, j'ai l'impression de pénétrer dans le passé, plus haut dans les ruelles, les familles sont assises dans les vérandas et discutent tranquillement entre voisins, les portes des maisons et des pièces sont grandes ouvertes pour laisser pénétrer la fraîcheur, les boutiques ferment petit à petit. Je dîne sur un des bastions il est 21 h, je suis le seul client avec Corinne ma compagne et ma femme qui partage avec moi ce moment, un petit vent solaire rafraîchi doucement la cité antique. La voûte céleste prend sa courbe, l'astrologie se livre et plus bas comme une vue d'oiseau la ville s'éclaire derrière les moucharabiehs, vision des milles et une nuits. Pour retrouver ma petite chambre, je m'égare dans les rues de la citadelle, avec l'éclairage tungstène la pierre est couleur miel, Jaisalmer est un bonheur visuel, en passant près du temple Laxminath des chants apportent encore plus à cette sérénité. Cette sensation du beau, du parfait est présente quotidiennement, ici, même l'heure des chiens peut devenir agréable c'est dire! Seul petit bémol pour clôturer cette journée; une coupure d'eau qui me prive du seau d'eau sur la tête mais nous sommes dans le désert, du temps des Maharajas il fallait faire 12 km pour en trouver. Je vide mes cartes photos du jour et me mets à mon journal, à minuit et demi l'eau n'est toujours pas revenue, un litre d'eau minérale me suffisent pour faire ma toilette, il n'y à pas de pollution de gaz à effets de serre à Jaisalmer et les rues propres autorisent l'absence de savon, un litre d'eau, utilisé parcimonieusement et avec conscience permet un frottage du corps entier et son rinçage, finalement avec presque autant de plaisir qu'un seau de 5 à 6 litres. Vendredi 30 mars Au milieu des ruelles de la citadelle se dresse, un ensemble de sept temples Jaîns se touchant et reliés par des coursives, leurs construction date du XIIème au XVème siècle. Entièrement construit en grés ocre, on y accède par des escaliers aux marches hautes et luisantes, partout le Dieu assis en position de lotus y est représenté de la plus petite figurine jusqu'à des tailles humaines, en marbre blanc, noir et en pierre du désert patinée, les prêtres portant un linge devants leurs visages les astiquent pendant des heures. Au détour de couloirs sombres, on tombe sur des empilements jusqu'au plafond de ce même Dieu. Les gopurams sont chargés de sculptures très fines d'Apsaras, danseuses, musiciennes ou armées, terrassant des démons. Sur tous les angles droits des gopurams, et il y en a des milliers, des petites figurines de singes de 10cm de haut sont accroupis. Les voûtes des sanctuaires sont ornées elles aussi d'Apsaras et au sol, on peut voir des motifs géométriques en marbre incrusté dans la pierre du désert, les dévots font sonner les cloches et se prosternent devant leurs idoles et je ne suis pas insensible, dans ce lieu chargé, à la méditation. Les temples sont ouvert au non Jaîn entre 11h et midi trente, je n'ai plus beaucoup de temps, j'ai fais pas mal de photos mais je commence un dessin assis sur cette douce pierre. L'heure de fermeture arrive et un prêtre m’invite à quitter cet endroit fantastique. Pendant les heures chaudes je continue le dessin, au frais, dans ma chambre. Vers 17h, je rejoins la ville pour chercher un point de vue sur la citadelle au couchant, quand elle prend des couleurs de miel, en m'écartant d'elle de 300m. Un toit d'hôtel me permet de prendre un peu de hauteur et de pouvoir la contempler dans sa longueur, la ville au premier plan offre elle aussi de beaux ocres rouges et des ombres violacées, en me retournant, je peux voir comme dans un conte oriental, le clocher d'un palais qui se découpe à contre jour devant un beau soleil rouge, des pigeons s'envolent pour ajouter un peu à la photographie. En rentrant par Gandhi Chowk je m'arrête dans une belle boutique de tissus où les étoffes et les patchworks sont exposés dans une perspective de trois petites pièces, je demande au propriétaire si je peux faire des photos, très gentiment il accepte. Samedi 31 mars Pour cet après-midi j'ai réservé une Jeep avec chauffeur pour faire un tour dans la campagne à 45 kms de Jaisalmer, la balade comprend la visite de trois villages pour finir en fin de journée dans un coin avec des dunes. Dès les premiers kms le désert est là, jonché de pierres jaunes et parsemé de petits arbustes et de touffes d'herbe brûlées par le soleil, une bonne brise fait courir le sable sur la route. Le chauffeur un Bengali est bavard, son anglais n'est pas meilleur que le mien mais il m'explique plein de choses, il vit lui-même dans un village du désert. Premier arrêt dans un village d'une vingtaine de maisons en terre battue ou maçonnées, dès que je descends une ribambelle de mômes de 8 ans tourne autour de moi, photo? Roupie? Pen? Chocolate? Et me prennent par la main en tripotant la bague en argent que j'ai au doigt, je m'en veux de ne pas avoir acheté un paquet de bonbons à Jaisalmer. Je n'ai que mes deux appareils photos avec moi, je me trouve indécent face à leur pauvreté, je photographie quelques maisons mais pour faire de bons clichés, il faudrait rester plusieurs heures, s'asseoir et dessiner pour entrer un peu dans le paysage. Les mains des enfants sont partout, elles tâtent les poches, ils veulent absolument quelque chose. Je retourne vers la voiture, pendant que je marche, je sens qu'on essaye d'ouvrir la poche arrière de mon sac, blague d'enfants?, les rajpoutes sont taquins, Réelle intention de voler? Je ne saurai pas mais je me mets en colère et hausse la voix ce qui disperse les enfants rapidement. Le deuxième village aussi pauvre est plus désert, trois enfants m'accompagnent vers un petit temple qui surplombe les quelques maisons, celui ci n'est pas plus riche, quelques autres photos sans conviction car le soleil écrase encore trop le paysage. Je croise des femmes et des petites filles avec des récipients sur la tête, elles vont chercher de l'eau à un ou deux kms. Nous reprenons la route, troisième village, des chameaux et des chameliers assis ou couchés à l'ombre qui ne s'intéressent absolument pas à moi, seuls les enfants accourent, mon chauffeur m'indique l'un d'eux qui pourra me guider dans ce village, le garçonnet de 8 ans écarte les autres concurrents. Il m'explique qu'il apprend l'anglais à l'école, que les autres enfants n'en veulent qu'à mon porte-monnaie que lui est totalement désintéressé, je vois qu'il a déjà tout compris du « Business ». Le tour du village est assez court, il m'invite à repartir vers la jeep alors que je me serai bien « perdu » un quart d'heure dans ce village mais là aussi le manque de temps ne permet pas de rencontre... avant de partir mon petit guide me réclame quand même un peu de monnaie, il a fait son business je le paye, normal. Arrêt chai chez des amis de mon chauffeur, apparemment tout le monde se connaît dans le désert, les gérants de cette halte pour safaris à dos de dromadaires sont originaires du Gurarat, je reconnais tout de suite leur accueil sans arrières pensées, nous parlons de cette belle région que je viens de découvrir, leur montre mes dessins, ils seront bientôt en vacances, la saison des Camel-safaris se termine, je leur offre mes visions de leur région et ils m'offrent le thé. Autant l'appareil photo agresse, autant le carnet de voyage amadoue, je devrai toujours commencer mon travail par le dessin! Les dunes de Khuhri ne sont plus loin, un poste gouvernemental fait payer le site protégé et juste avant d'arriver des enfants au galop sur leurs jeunes chameaux accompagnent la jeep en proposant leurs services pour grimper la dune. A cette heure, un peu avant le coucher du soleil, les touristes Indiens, très friands de sunset et les camel-safaris convergent vers ces quelques dunes. Les familles indiennes grimpent sur des chariots tirés par un dromadaire, en haut des garçons de 8 ans enturbannés font leurs business. Les uns vendent des sodas tièdes et des chips au triple du prix courant ce qui est normal dans le désert, les autres vous demandent votre prénom et entament des chants vantant je ne sais quoi, peut être que dans la chanson je suis un prince très riche et très très généreux. A deux: un au tambour, l'autre au kartal ils doivent arriver à gagner facile 150 roupies. Mes voisins de dunes sont des Punjabis vivant au canada, ils payent largement les enfants, les filment, boivent des cocas... tièdes, sortent de leur sac une bière forcément tiède, mangent des chips et à mon grand étonnement jette au vent leurs paquets de chips vides, de la part d'un Indien local je ne serai pas choqué mais là, quand même... Je me mets à une petite aquarelle et là, par enchantement, les enfants oublient leurs business avec moi, (les Canadiens restent de bons clients!) et suivent attentivement les coups de pinceaux. Les dunes prennent des belles couleurs, avec quelques passages de chameaux et d'hommes du désert, une lune presque pleine qui monte, la belle heure Indienne arrive avec sa magie. dimanche 1er avril Bonne brise, journée tranquille aujourd'hui, travail dans la chambre pour préparer un envoi e-mail. Vers 15h30 je pars en balade essayer d'explorer quelques endroits non vus, je pourrai revenir à Jaisalmer et me perdre encore dans la citadelle. Arrêt aquarelle sur une des 4 portes du fort, c'est par la même occasion un bon cadrage photo, je prends la lumière, règle le 6X6 prêt pour attraper quelques personnages. Les Indiens sont nombreux à descendre aujourd'hui et s'arrêtent pour commenter le dessin; – very good painting sir ! – Bioutifoul picture, je remercie. Coucher du soleil du toit du désert hôtel puis, je redescends envoyer mon courrier, les enfants d'une école du Val D'Oise m'ont envoyé une photo d'un rangoli qu'ils ont dessiné à la porte de leur classe, je leurs avait envoyé quelques modèles pour agrémenter et décorer leurs carnets et vraiment je suis surpris du résultat. En découvrant leur oeuvre sur l'écran d'un cyber café, un indien qui était assis à coté de moi m'a demandé dans quelle région d’Inde j'avais fait ces photos, c'est dire s’ils ont bien travaillé! Fin de soirée sur la terrasse de mon hôtel, Raju le cuisinier me prépare un Malai Kofta comme jamais je n'en ai mangé en Inde! Pour me faire plaisir il me fait 4 beignets à la bananes, je ne sais pas si c'est sa spécialité mais en tout cas je me régale. 22h, je prépare mon sac, demain lever à 5h, bus à 6, pour Bikaner. Lundi 2 avril 6h,départ pour Bikaner à 320 km dans le Nord Est, route désertique et quelques fois pistes de sable, avec cinq longs stops, le bus gouvernemental arrive à Bikaner à 14h30. A première vue Bikaner est une assez grosse bourgade pas très propre, bruyante et animée, cela change de Mandvi et Jaisalmer qui étaient de toute petites villes, je négocie un hôtel près du centre ville relativement calme. Après un petit encas, tour de reconnaissance du quartier, la vieille ville est juste à coté et c'est un plongeon dans plusieurs bazars; tissus colorés, marché aux légumes et des rues où la grosse foule indienne se fait bien ressentir. La ville mélange un coté moderne et de l'autre l'Inde profonde avec chars à bœufs, gros taureaux couchés au milieu de la chaussée, attelages de dromadaires, temples, sâdhus, mendiants et éclopés et la plaie de l'inde moderne: des milliers de motos et scooters polluants. Au milieu de tout cela, la voie de chemin de fer qui traverse la ville. Je fais quelques photos de tout ce remue ménage, cette ville me plait, il y a des choses à faire, c'est une belle représentation de ce pays... Mardi 3 avril Balade à pieds dans la vieille ville pour monter à travers un quartier de beaux havelis en grès rouges jusqu'à un ensemble de temples; le Laxminath, le temple Jain Bhandasar mais il est fermé, je fais une aquarelle de son gopuram et de sa belle coupole simple mais très bien proportionnée, un ganesh temple avec, dans sa cour un autre sanctuaire où deux mandala/rangolis en légumes secs sont exposés. Cet ensemble est perché sur une petite colline d'où, au sud on peut apercevoir un quartier musulman d’imprimeurs sur tissus. Toutes les pauvres maisonnettes à terrasses sont peintes en bleu ciel, rose, jaune pâle, blanc et ocre, un vrai tableau de Nicolas de Staël. A 13h30, les fidèles évacuent les temples. En fin d'après-midi je retraverse le petit bazar de tissus qui à l'air de faire le bonheur des femmes dont les bras sont couverts de bracelets en os ou ivoire? et larges en argent massif. Je retrouve Kem road avec son effervescence, les barrières du passage à niveau sont fermées, un train est en approche, voilà ma photo, je prends mon cadre, l'attente dure bien dix minutes. L'embouteillage de vélos, motos, rickshaws, chars à bœuf, chameaux est à son summum. Les deux roues et les piétons passent sous les barrières jusqu'au dernier moment, l'indien ne sait pas attendre... Dans un tumulte, un fracas d'acier et sirène hurlante, la locomotive traverse la rue, le convoi « Howra-Bikaner-Howra » arrive de Calcutta à plus de 1600kms d'ici. C'est une séquence filmée qu'il faudrait tourner! Dans le petit parc du Krishna temple je retrouve ce jeune indien rencontré hier qui tient une boutique d'handicraft, il apprend le français à l'alliance française de Jaipur et se débrouille bien, il m'explique quelques ficelles concernant l'argenterie... En repartant vers l'hôtel tous les temples chantent, les cloches sonnent et les tambours battent l'appel à la prière. Mercredi 4 avril Visite de Junagarh, palais construit par le Maharaja Rai Singh 1571-1611, un des plus important général de l'empereur Akbar. Le fort entièrement en grès rouge contient plusieurs palaces tous aussi beaux et d'une profusion de richesses entretenues et complétées au fil des ans par les descendants. Dorures, fresques peintes, moucharabiehs, plafonds en bois sculpté, lustres de Murano, portes en argent, parois incrustées de pierres semi-précieuses, jardins à la Française, collection impressionnante d'armes anciennes, avion et j'en passe... montrent la richesse de ces seigneurs. L'après midi je rentre dans la vieille ville par Goga gate et en ressort par Kote gate, une balade de plusieurs km. Dans les premiers quartiers traversés on peut admirer peut être une centaine d' Havelis en grès rouge ciselé, les ruelles sont calmes, il est vrai que c'est l'heure de la sieste, pourtant l'ombre apporte de la fraîcheur à la promenade. Des petits bazars alternent ces quartiers, là, l'animation est plus importante, beaucoup de boutiques de cerfs-volants, et d'autres petites shops où j'achète une boite en fer blanc, une pierre ponce décorée et quelques objets usuels pour quelques roupies. Sur un marché aux légumes, les vendeurs m'offrent à goûter un genre de cornichon avec un goût de fraise, des petites cerises confites saupoudrées de chilli et de menthe et une femme m'offre une feuille d'Aloes Vera; une feuille d'un genre de cactus aux nombreuses vertus médicinales, la chair flasque est très bonne pour l'estomac et c'est un excellent cicatrisant. Toute cette population est très gentille, on veut m'offrir le thé tous les cents mètres pourtant ce ne sont pas des Maharajas mais leur richesse se place au-dessus des biens matérialistes. Rentré à l'hôtel je prends une bonne douche fraîche, rase ma barbe de 15 jours et me coupe une tranche d' aloes vera que je passe sur mon visage, instantanément une sensation de douceur et de fraîcheur m'enlève la fatigue de la journée.
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