de bombay à Delhi 2007

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2 suite du journal de Bombay à Delhi - Publié à 09:54 le 7/06/2007 par francois

Mardi 27 février

Après une bonne nuit tranquille, promenade sur le port puis traversée de la petite ville à travers des quartiers calmes composés de vielles maisons portugaises, certaines sont abandonnées. Bon bain de mer dans une eau tiède sans vague sur la plage de Chakratirth, petit repas vers Sun set point et traversée du petit village de Futam sous un soleil puissant mais supportable grâce à un petit vent. Visite de Gangesh war temple; une petite cavité dans les rochers avec quelques Lingams submersibles par la marée, aquarelle d'un Ganesh Indo-Portugues très coloré.

Retour à Diu par Zampa gateway une porte dans la muraille rouge qui entoure la ville. Petite bière à la terrasse d'un restaurant sur le port face au bras de mer qui sépare l'île de Ghoghla pour se reposer de ma petite marche de 12 km ( 12= bara ).

Depuis que je suis à Diu c'est les vacances!

 

Mercredi 28 février

Ce matin, bonne brise soutenue d'ouest. Je loue une « moped », la mobylette du coin pour faire le tour de l'île, la circulation sur Diu est tranquille!. Un premier stop au Musée de Diu, dans une église portugaise une collection de saints et anges catholiques, 6 km plus loin: Nagoa beach, La plage renommée de l'île; bel arc de cercle en sable propre et doré, orienté au sud, les Indiens middle classe font des tours de hors-bord, de parachute ascensionnel ou observent les rares occidentales en maillot de bain, déjeuner prés de la plage...

Repris la moped qui tourne comme une horloge, bien tenir sa gauche et bip bip pour m'annoncer aux passants, petite route ombragée de palmiers, je passe Vanakbara et me retrouve vers Bucharvada où d'après mon plan se trouvent des marais salants à la place j'aperçois des vasières désertiques, dommage.

Demi-tour pour retourner sur Vanakbara un joli village de pêcheurs, à quai une cinquantaine de Dhows (chalutiers de 12, 14 mètres) autour desquels règne une belle activité: ravaudage des filets, livraison de glace et de gas-oil, des enfants partout qui me demandent des stylos où de les photographier, des femmes occupées aux tâches ménagères, qui éventent du blé, des gargottes où les marins jouent aux cartes en buvant du thé ou de la bière. Du poisson  sèche sur le sol ou sur des séchoirs en bois,  les corneilles en profitent bien  en chapardant cette nourriture ainsi offerte.

Plus loin un chantier naval où une autre cinquantaine de Dhows sont en construction, on m' invite sans problème pour visiter, ici, un ouvrier coupe le bois rouge avec une scie circulaire diesel, là, d'autres assemblent une quille où étoupent la jointure des bordées, le chef du chantier m'invite à monter à bord d’un bateau presque fini, je constate que c'est du solide, les bordées font bien cinq centimètres d'épaisseur. Prix de l'embarcation équipée pour la pêche: 20 laks (20 millions de roupies). Je termine ma visite par quelques photos et prends l'adresse du chantier.

Sur le chemin de Diu town à 17h, je prends un bain sur Chakratirth beach quasi déserte, l'eau est douce et bonne...

 

Jeudi 1er mars

Ce matin, pluie d'orage mais le soleil revient vite, balade vers Zampa gateway, je trouve un mécanicien qui me répare ma courroie de Rolleiflex avec deux rivets, elle menaçait sérieusement de lâcher. Repas de pomfret et dessins de dhows échoués devant le port. Dans les rues les marchands ambulants vendent déjà les pigments colorés et les pompes à eau pour la fête du printemps; la Holi qui à lieu dans toute l'Inde dimanche prochain, jour de la pleine lune.

En fin d'après midi je me fais déposer à Ghoghla, un village sur le continent, les maisons ont toujours une influence portugaise et je remarque au cou de certains Indiens une grosse croix catholique.

Près du port, un marché de nuit aux poissons, les vendeuses s'éclairent avec des lumignons à pétrole pour présenter leurs marchandises: quelques petites langoustes, des crevettes royales de 20 à 25 cm, des crevettes tigre plus petites, un gros crabe ficelé, des pomfrets de belles tailles, petits thons blancs, petits requins et des oeufs de poissons de la taille d'une grosse bille rose.

Retour sur Diu pour un repas chez l' « Italien », O' Couqerô avec une assiette de crevettes au cognac et pâtes huile d'olive.

 

 

Vendredi 2 mars

Dernier jour à Diu, visite de l'église Saint Paul typiquement Portugaise, grande nef peinte en bleu ciel, au fond du chœur la Madone entourée de ses anges.

Après midi sur la plage et peut être dernier bain du voyage... Un groupe de chiens lézardent au soleil.

Retour sur la ville, arrêt et promenade dans des grottes où des banians de leurs racines envahissent les espaces libres.

18h petite bière en terrasse avec un début de soirée calme et vue sur la mer où un pêcheur debout dans sa pirogue lance d'un geste précis son filet. Plus tard, un passage au cyber café et ce soir je me paye un King fish tandori devant la mer, un régal.

 

Samedi 3 mars

Ce matin à Diu, pour le week end, les mendiantes avec leur bébé et les touristes Indiens  sont arrivées en masse, en quelques heures la population a plus que quadruplé, l'île est beaucoup moins tranquille, il est temps de partir car avec l'alcool la Holi va être insupportable.

Mon bus pour Veraval n'est pas là à midi, ni à 13h... à 13h30 je décide d'en prendre un pour Una, une plus grosse ville à 15km d'ici d'où j'en aurai un à coup sur.

A 14h30 je grimpe dans un bus vraiment déglingué, cela faisait longtemps que je n'en avais pas vu un pareil... apparemment le moteur pête le feu et son klaxon trois tons vrille les oreilles donc il est bon pour la route, il vibre tellement que j'ai peur que toutes les vis de mes appareils photo se retrouvent au fond de mon sac!

En ligne droite le chauffeur (encore un artiste) donne des grands coups de volant tantôt à droite tantôt à gauche; la crémaillère de direction a l'air bien édentée et tout l'art de mon chauffeur est dans l'anticipation...

L'hôtel visé est malheureusement complet, dommage car il était à l'écart du bourg, avec un balcon terrasse avec vue sur la mer, l'idéal pour attendre la fin de la Holi. Il est effectivement impossible pour les occidentaux de participer à cette fête tant les Indiens sont excités, il peuvent être violents car ce jour là ils peuvent régler tous leurs comptes et leurs rancœurs, le lendemain ils s'embrassent tous fraternellement mais le jour J. ce sont des batailles de quartiers où on se jette des pigments colorés mélangés à l'eau. J'ai vu à Bénarès et à Mathura des touristes bouffer des pigments! Cette fête doit être sympathique dans les petits villages de campagne.

Ce soir à Veraval des grands feux ont été allumés et seront entretenus toute la nuit, à minuit début des hostilités pendant 12 heures, j'ai fais mes provisions pour tenir le siège sans avoir à sortir demain.

 

Dimanche 4 mars

Je ne me risque dehors qu'à partir de 14 h, l'ambiance est calme, les chiens, les vaches, les scooters sont rouges, les Indiens déambulent par groupes ou a trois sur une moto, couverts de la tête aux pieds de pigments verts et fushias. Je fais quelques photos des combattants de la guerre des couleurs qui posent sans problème avec gentillesse.

Vers 16h je me fais déposer sur le port, belles infrastructures portuaires: des digues et trois bassins remplis de mille Dhows, des entrepôts à sel et à glace et un chantier naval où une trentaine de navires de 12 à 18 m. sont en cours de réalisation, plus loin deux  énormes Dhows/cargos d'au moins 40 m. de long, malheureusement c'est jour de congé et la place est vide.

Petite marche de 3 km pour rentrer, les quartiers anciens sont déserts, les boutiques ont les rideaux métalliques baissés, un drôle d'effet en Inde. Les rues sont rouges de pigments, une vision un peu apocalyptique... Vers 19h, quelques boutiques ouvrent, la vie reprend.

 

Lundi 5 mars

Visite du temple de Somnath, à 3km de Veraval. Bâti en or par Somraj le dieu de la lune, reconstruit en argent par Ravana puis en bois par Krishna et en pierres par Bhindev.

Détruit par les Afghans, reconstruit par les Indous, redétruit par les Musulmans et par Aurarangzeb en 1706, reconstruit par Patel en 1950, il résista au séisme de 2001. Il renferme l'un des douze jyotis linga, les reliques de Shiva  donc très visité et bien gardé par  la police: pas de caméra, appareils photo, mobile ni ... revolver!

Je rentre avec mon carnet et un crayon, suis la foule, une file pour les femmes une autre pour les hommes,  jusqu'à l'énorme lingam en pierre noire, le yoni est en argent, en ressortant je dessine un rondeau  au plafond du deuxième sanctuaire représentant une scène de Trimurti (Shiva, Parvati son épouse et le fiston Ganesh), à l'extérieur une aquarelle rapide du temple, si je me lance dans un dessin j'en ai pour plusieurs heures!

Sur la plage devant ce temple de la mer, les Indiens regardent les vagues et font des balades à dos de chameaux affublés de chapeaux de pailles.

Retour à Veraval promenade vers le phare et la plage déserte, une grande éolienne hors service et au loin, les vagues de l'océan Indien qui brisent sur les falaises.

 

 

Mardi 6 mars

Ce matin, petite distance pour changer de ville; 80 kms fait en deux heures dans un beau bus calme, si si cela existe!

Me voilà donc à Junagadh, une très, très belle ville nichée entre quatre petites montagnes.

Tout l'après midi je me promène dans la vieille cité, les habitants sont charmants comme dans tout le Gujarat, il y a des bazars qui ressemblent à ceux de Bénarès ou d'Haridwar: des ruelles minuscules, encombrées de marchandises, de bijoutiers et des vendeurs de bangles. J'arrive sur une magnifique place en demi-cercle avec des porches ouvragés surplombés de hautes horloges et des bâtiments immenses de l'époque des Nababs. Je traverse ces quartiers émerveillé jusqu'au Fort Uperkot, a l'intérieur; une ancienne mosquée, des grottes Bouddhiques, deux baolis (réserves d'eau souterraine), tous les gens que je croise me souhaitent la bienvenue en Gujarati et malgré les difficultés linguistiques nous arrivons à nous comprendre par L'Hindi (tola, tola: un petit peu) et trois mots d'anglais.

En soirée; cyber café hyper lent, j'abandonne vite, j'en trouverai peut être un plus rapide demain si j'en ai la force car demain: lever 6h pour attaquer l'ascension de  Girnar hill, une des petites montagnes, 7000 marches au programme, trois fois plus que Palitana, pour aller visiter plusieurs temples au sommet.

 

Mercredi 7 mars

A 7h j'attaque les premières marches de Girnar Hill, la montagne des Dieux, il fait frais et  il n'y a pas foule. Les mille marches du début montent à travers une forêt de teck, les singes blancs gambadent autour de moi, toute la montée se passe à l'ombre de la montagne et  tous les 500m. Il y a une petite shop qui vend de la boisson et des biscuits. Il me faut 2h ½ pour arriver au niveau des marches numéros 5000, à cet endroit il y a quatre ou cinq temples Jains magnifiques, je continue, je les visiterai à la descente... A 10 h j'arrive au sommet au temple Hindou d'Amba Mata où je peux faire sonner une grosse cloche au milieu de drapeaux qui claquent au vent, le paysage est superbe.

La descente s'avère pas si facile que cela, les jambes sont déjà bien fatiguées et maintenant c'est les genoux qui sont sollicités.

Visite d'un petit temple Hindou dédié à Gaumuck (le museau de la vache délivrant les eaux du Gange), petite pause en compagnie de saddhus.

Plus bas les temples Jaïns, imposants et finement sculptés dominent toute la vallée, l'un d'eux tout en pierre très foncée présente sur son  pourtour de très belles sculptures expressives, je peux pénétrer dans un second, Neminath temple, en laissant mes appareils photos à l'entrée, les temples Jaïns sont très surveillés et  toujours quelqu'un m'accompagne en me collant aux pieds... grand ensemble de bâtiments en pierres foncées, coupoles recouvertes de mosaïques et terrasses de marbre en damiers, dessins rapide car le temple ferme je le mettrai en couleurs plus tard...

A 15h je suis enfin redescendu avec les genoux qui capotent, je ne suis pas le seul, quelques indiens descendent les dernières marches en crabe.

Une bonne douche à l'hôtel et je pars pour une sieste.

Séance de cyber café, je suis en retard car à Véraval je n'en ai pas vu un seul, les images sont très lentes à télécharger, j'y passe  deux heures pour  faire une mauvaise manip et tout perdre, j'abandonne pour aujourd'hui, je vais faire des images moins lourdes à l'avenir.

Ce soir massage des jambes au camphre...

 

Jeudi 8 mars

Quelques douleurs dans les jambes quand même...

Troisième tentative Internet, ici à Junagadh c'est   t r  é    s       ,         t         r          é              s                          l             e                 n                t, il me faut une bonne demi heure pour ouvrir ma boite e-mail quant au téléchargement des images que j'ai déjà réduite de moitié, au bout de 25 minutes, la machine bloque sur le premier fichier, finalement je repasse une bonne heure sur l'ordi du patron, plus puissant pour envoyer péniblement mon courrier sur Diu. Voilà comment on passe une demi-journée en Inde...

L'après midi, visite de l'Aryuvédique collège dans un ancien palais Nabab en cours de décomposition, les médecins sont très serviables mais ils m'expliquent que leur petit musée a été transféré à Delhi, ils me montrent quelques plantes rares ainsi qu'une vieille carte où l'on peut trouver ces plantes en voies d'extinction et me conseille de prendre des renseignements en France.

Un ricksaw m'emmène au mausolée Mahabat Maqbara, propriété abandonnée par un nabab rallié au Pakistan. L'édifice a été construit en1892 avec une complexe architecture Indo-Islamique-Gothique surprenante, il est entouré de quatre minarets en pierres entourés d’escaliers  extérieurs en colimaçons, dessin rapide.

Promenade au frais dans les ruelles du chowk (le bazar), achat d'une bague ancienne en argent: un petit lingam entouré d'une rosace. Photographies des artisans qui posent volontiers.

 

 

Vendredi 9 mars

Bon une chose est sure; c'est le surlendemain que les mollets crient douleur mais pour prendre le bus ça ira!

Arrivé à Jamnagar après 3h1/2 de trajet, visité 4 hôtels avant de trouver le bon, un peu cher mais frais et propre et relativement calme (on a plus vingt ans!)

Un peu de repos dans la chambre, aquarelle de pèlerins Jaïns vus marchant vers la montagne des Dieux. Ils font peine à voir avec leurs chariots d'handicapés où ils se relaient tour à tour, leurs bâtons portant le petit baluchon mais c'est surtout leurs tristes mines qui étonne, autant les sâdhus et swamis Hindous sont souvent rayonnants, eux ont les yeux cernés, ont l'air sous alimentés c'est vrai qu'ils mettent un bâillon devant le nez et la bouche pour éviter d'avaler et tuer les insectes...

L'après midi balade vers le lac, la ville est très propre, des balayeuses et des poubelles partout, ce quartier mélange l'ancien et des bâtiments très modernes.

Visite du temple d'Hanuman, le dieu singe, un édifice moderne sans grand intérêt si ce n'est qu'un groupe de musiciens chante « shree ram jay ram jay jay ram » nuit et jour, 7 jour sur 7, 24h sur 24 depuis 1964 sans interruption, il doit doivent se relayer pour  faire les trois huit.

Plus loin un magasin d'assemblage de Tchagros (moto à 3 roues), moteur Enfield 750 cm3 diesel, le magasin voisin les peignent et les customisent de rétroviseurs, de klaxons et de clignotants par dizaines.

Visite de 2 petits temples de quartiers comme je les aime, tranquilles et beaux dans leur simplicité.

Passage sous Khambhalia gate, l'une des nombreuses portes anciennes de la ville construite par les Rajpouts et retour à la nuit tombante par un quartier où des dromadaires au repos bavent et ruminent, Jamnagar s'anime, toutes les boutiques sont ouvertes, il y a des milliers d'Indiens dans la rue qui prennent le frais autour d'un thé ou d'un pan (chique de béthel et épices diverses).

 

Samedi 10 mars

Visite de la vieille ville et du quartier des temples Jaîns, trois temples sont installés au cœur de la ville, édifices en marbre blanc avec des incrustations de marbre coloré, pour une fois je n'ai pas de garde chiourme dans mon dos et je peux faire quelques photos d'Ambika le Dieu Jaîn. Balade dans Subhas market un grand marché aux légumes dans un bâtiment circulaire ancien. Visite d'un petit temple Hindou et je pars me perdre dans Chandi bazar, des paysans de la région sont montés à la ville dépenser leurs roupies, ils portent le costume traditionnel: tout blanc... (blanc/gris) avec turban, veston à volants plissés, pantalon bouffant resserré des genoux aux chevilles et des grosses pompes en plastique noires, l'un d'eux s'allume un énorme shillum. Au fil des ruelles labyrinthiques je me retrouve dans un vieux quartier habité essentiellement par des musulmans, ici encore, c'est triste à dire mais l'hygiène laisse à désirer... je fais une photo de mômes à leur demande, ils se foutent des claques, se battent et la situation tourne à l'émeute quand je leur montre  les fichiers... Décidément; not éducated !!!

Un ricksaw me ramène dans mon quartier car à tourner dans les ruelles je suis complètement perdu.

J'ai repéré un cyber café « I way » en général ils ont des connections rapides, hélas, ce n'est pas le cas et pour télécharger mes diaporamas de photos cela prend presque trois quarts d'heure pour 4 mo, le premier pars péniblement quant au second: une panne d'électricité me fait perdre encore 3 quarts d'heure, j'enrage et maudit ces machines poussives mais c'est l'Inde... je crois que je vais arrêter les diaporamas et envoyer moins de photos plus légères, bref encore trois heures passées pour pas grand résultat.

Je  passe mon début de soirée, pendant qu'il reste un peu de lumière, dans deux rues où j'ai repéré des entrepôts avec des allées et venues d'attelages de dromadaires, je tourne autour de l'un d'eux à petite distance, l'animal me sent et est visiblement énervé par cet homme blanc à entendre ses blatérements inquiets et je préfère prendre un peu de distance.

Dernière petite visite à un petit temple de quartier, pendant que je dessine un bel Hanuman coloré qui tire  la langue, je me fais attaquer par une armée de moustiques virulents, je supporte cinq minutes de ce régime et m'enfui pensant avoir assez donné de mon sang à cet Hanuman/Kali.

 

Dimanche 11 mars

Je pensais  partir pour Bhuj lundi mais je me plais bien à Jamnagar je quitterai cette plaisante ville mardi.

Hier je me suis payé des tubes de gouaches et ce matin je me fais une séance de peinture à l’hôtel. En milieu d' après midi je pars me balader autour du lac Ranmal, il ne fait pas trop chaud, une petite brise rend la promenade confortable, des oiseaux de la réserve naturelle de Khijadiya distante de 15 km sont posés sur l'étendue d'eau et pêchent tranquillement pendant qu'autour, à l'approche de la soirée les habitants de la ville sont venus en masse se promener et déguster une glace. Sur les places, les jeunes jouent au cricket, j'ai beau observer, je ne comprends rien à ce jeu ! Dans les jardins publics, les toboggans et balançoires sont pris d'assaut par les enfants.

 

 

Lundi12 mars

Ce matin je vais du coté de Kalawat gate pour essayer de visiter des fabriques de Bandhanis, une technique d'impression sur tissus composé de centaines de petits nœuds enfermant une graine, je trouve des boutiques, des ateliers de teintures mais j'arrive à comprendre que les nœuds sont réalisés par des femmes dans des campagnes isolées, j'achète un très beau sari en mélange de soie coton. Ce quartier est très animé avec des bazars dans toutes les rues adjacentes, sur le pont qui enjambe la rivière Rangmati, juste avant d'entrer dans la ville fortifiée, les paysans se croisent chargés de marchandises.

L'après midi balade dans la ville nouvelle, je trouve un cyber café qui crapahute, cela me réconcilie avec ces machines, en une heure je récupère mes six heures perdues les jours passés. En fin d'après midi je prends ma nouvelle courroie de rolleiflex en cuir jaune commandé hier chez le cordonnier (un euro) et je file prendre livraison de mon sari repassé.

Pendant qu'il reste un peu de lumière je me poste au carrefour du coin; il y a une belle affluence et photographie quelques attelages de dromadaire des villes, les rickshaw vespas crachent une fumée bleue, la pollution est telle que je suffoque et tousse comme un tuberculeux, je constate que les indiens eux non plus ne crachent pas que du béthel.

 

« L'heure des chiens... » (bonus).

2h du matin, je profite d'une insomnie (due sans doute à un thé un peu tardif qui avait d'ailleurs un goût prononcé; essayez un thé au lait bien sucré... au lait de chèvre, c'est pas mal mais c'est buvable), bref, l'heure des chiens c'est quand les Indiens se sont un peu calmés, il reste bien quelques cinglés du klaxon trois tons ou bien une paire d'individus ayant le même problème que vous, sauf qu'eux ont fait la sieste de midi à 4h et ont maintenant une discussion animée à propos de cricket juste sous votre fenêtre.

C'est donc l'heure où les chiens hurlent leur maudite réincarnation en déambulant par horde entière pour se disputer un territoire où quelques détritus ont été laissé par les vaches. Foutus chiens qui comme certains individus déjà cités lézardent toute la journée au soleil tranquillement lové dans un nid de poussières, donc, pendant deux heures ça aboie, ça hurle à tous les carrefours.

Un rickshaw vespa profite de ce moment où il n'a pas trop de client pour régler les gaz de son moteur pétaradant dont l'échappement bien sur laisse à désirer. Au fait la grande mode en ce moment, c'est le sound système ultra infra basse en vespa... terrible, ça change des hyper aiguës! Ce serait sous nos douces contrées, notre homme aurait depuis longtemps pris un coup de fusil, quand je vous dis qu'ils sont tolérants ces Indiens, c'est n'est rien de le dire; une fois à Madras j'ai été réveillé a 4h le matin par un hurluberlu qui écoutait sa télé en en faisant profiter tout le quartier et personne ne lui dit rien... vous avez déjà mis votre TV à fond?, jamais, ici c'est très fréquent et une TV à fond essayez: ça pulse!

Revenons à notre insomnie; entre 5 et 6h le rythme des klaxons reprend et en plus vous commencez à entendre les ablutions de ceux qui se lèvent tôt, ceux qui ont bien dormi, un indien commence toujours sa journée par des raclements de gorges pour se nettoyer l'eusophage, c'est assez sonore, ça ressemble au bruit qu'on fait quand on appelle Raoul (quand on gerbe si vous voyez).

En fait le grand silence n'existe pas en Inde et après 6h c'est reparti pour un tour.

L'indien tolère tout cela avec résignation.

L'indien adore le bruit synonyme de vie et je me demande si  l'indien perçoit les sons de la même manière que nous, si leur système auditif est réglé sur les mêmes fréquences...

Prenez la sonnerie du téléphone mobile, depuis deux ans ils en on presque tous un, d'ailleurs ils roulent en moto  en composant leurs numéros de portable ou vérifient leurs messages au guidon, ah! oui, la sonnerie c'est plus une sonnerie, c'est une charge de cavalerie.

Heureusement les Indiens continuent à me faire rire.

 

 

Mardi 13 mars

8h départ en bus pour Bhuj. Si j'avais été sur qu'il y ait une liaison maritime entre Dwarka, une ville sainte Krishnaïte et Mandvi puis Bhuj, cela aurait évité le contournement par la route de tout le golfe du Kutch mais connaissant les Indiens et leur peur viscérale de la mer et renseignement pris, cette voie pourtant inscrite sur les cartes n'existe pas ou plus.

C'est donc un trajet de sept heures qui m'attend. Vers 11h nous traversons une grande zone de marais salant à perte de vue, sûrement le fond du golfe et un aperçu de « little rann of Kutch » un désert salé décrit avec des paysages fantastiques mais il faudrait s'enfoncer en véhicule privé et mon bus gouvernemental file sans s'arrêter.

Nous rejoignons la route d'Ahmedabad, une quatre voies, parfois six, je pense en finir plus vite que prévu mais c'est sans compter que nous abordons une région hyper  industrialisée; des cheminées d'usines partout, des raffineries, des complexes chimiques, un énorme port de porte contenaires, des usines de traitement de sel et surtout des scieries de teck par centaines et cela engendre une densité de camions et de semi-remorques incroyable et c'est avec une allure d'escargot que nous franchissons cette zone. Le bus s'arrête de plus en plus souvent dans de petites stations, beaucoup de ces villages sont partiellement détruits par un gros tremblement de terre survenu en 2001.

150 00 personnes y laissèrent leur peau soit 10% de la population de Bhuj, 145 000 maisons détruites cela laisse des traces... En faisant une première balade dans la ville je constate que des façades entières de bâtiments se sont écroulées, la ville se partage entre des ruines et des bâtiments neufs en béton brut de décoffrage. Pourtant les restes de l'ancienne ville ont déjà été restaurés;  des fortifications, un grand bassin avec quelques ghats, de beaux temples et une vielle ville qui a bien résisté au séisme avec un petit bazar qui ne manque pas de charme.

 

Mercredi 14 mars

Bhuj est une ville assez déconcertante avec ces immeubles sans façades et d'autres bâtiments presque contemporains avec des façades vitrées. Je vais changer de l'argent à la state bank of india, dans ce quartier; boutique addidas, nike et magasins d'informatique.

Aquarelle d'une belle mosquée neuve pendant les heures chaudes.

L'après midi: visite  de Aina Mahal un ancien palais de maharaja construit en 1752 et très abîmé par le séisme, seule la salle des miroirs est intacte et entretenue par le responsable de l'office de tourisme, Mr PJ Pethy passionné par cette restauration, à l'intérieur: des trésors de rois, magnifiques objets, collection de miniatures et de sculptures mises en valeur par des centaines de miroirs, au centre une chambre de rêve pour fumer le narguilé, sur le coté en cour de restauration; une salle pour prendre le thé au centre d’un bassin intérieur avec un système de rafraîchissement de l'eau.

Le palais adjacent, le Prag Mahal plus récent est mieux conservé extérieurement par contre l'intérieur est très mal entretenu, les plafonds tombent, les pigeons ont envahi les grandes pièces et la collection de trophées de chasse part en poussière.

Balade dans le bazar; trois ruelles bien animées, je croise plusieurs touristes occidentaux, essentiellement des Norvegiens, sans doute parce que le maharaja a été ambassadeur en Norvège et il doit rester des liens peut être renforcés par  une aide humanitaire au moment du tremblement de terre...

Ce soir je me paye un bon restaurant, cela faisait Quatre jours que j'étais au régime végétarien et je déguste un poisson gratin d'épinard et un poulet stroganoff dans le meilleur hôtel de la ville, un tour opérator français y a élu domicile, je n'avais pas vu d’occidentaux depuis Diu, ce Gujarat n'est pas beaucoup visité et pourtant...

 

Jeudi 15 mars

Ce matin j'ai pris un bus pour visiter un village à 12 km de Bhuj, toute la région est parsemée de petits villages  abritant diverses ethnies, pratiquant l'artisanat, à Bhujodi il y a une seule rue principale, de chaque cotés, des petites maisons blanchies à la chaux, des petites cours et des vérandas où l'on entend le cliquetis des métiers à tisser.

Quand je jette un regard, les artisans m'invitent gentiment à observer leurs travaux et nous échangeons quelques propos: akba (bonjour en Gujarati) quelques mots d'Hindi et quelquefois en anglais avec un jeune qui a fait des études. Dans les cours paisibles de grands métiers à tisser sont tendus, les  hommes tissent, les femmes filent la laine, de grands écheveaux de laine jonchent le sol. On me propose de l'eau et à manger, je décline et fais quelques photos, je prends l'adresse pour envoyer des tirages.

Plus loin un peu à l'écart du village, une coopérative artisanale formé d'une dizaine de huttes et présentant diverses techniques de plusieurs ethnies d'anciens nomades reconvertis: tissage, impression sur tissus, bandhanis, travail du cuivre et du métal, poterie, tables en bois gravées, que de belles  choses  et il faut se faire violence pour limiter ses achats, les prix sont fixes avec un système « produits équitables » sans intermédiaire, je me laisse tenter par une écharpe finement tissée et une belle paire de ciseau de couturier en acier et bronze. Un très beau tapis en laine de chameau  naturelle et tintée indigo m'aurait bien tenté mais son poids me freine, je vais me renseigner pour des envois par bateaux de Bhuj...

Un camion Tata Truck me ramène au bord de la route de Bhuj où un rickshaw collectif me permet de rentrer sur la ville.

Visite du Sarad Bagh Palace, encore une résidence du Maharaja diplomate, sûrement sa résidence secondaire de campagne où il a pu assouvir sa passion pour les plantes et fleurs dans un somptueux jardin; des centaines de bougainvilliers rouges, violets blancs et jaune orangé égayent des bambouseraies, palmiers géants et toute sortes de variétés de beaux arbres. Au fond du jardin, à coté d'un petit palais qui a bien souffert des séismes successifs, dans un grand bungalow colonial; une collection d'objets royaux, de photos souvenirs de voyages internationaux,  Paris, Nice, Stockholm et divers safaris africains, au plafond; des lustres en cristal, dans les vitrines; des collections d'objets en argents massifs, le tout présenté par un gardien jovial.

 

Jeudi 15 mars

Petite journée passée à droite, à gauche; la poste pour connaître le prix d'envoi de paquets en France, petite séance Internet où je collecte les nombreuses questions des enfants du Val d'Oise.

Quelques achats dans le bazar, les prix sont intéressants, la qualité est présente, les discutions longues et intéressantes avec les vendeurs qui pensent à autre chose qu'à l'argent, bien sur c'est leurs boulots de vendre mais ici dans le Gujarât on ne sent pas l'ombre du « «billet vert » planer au-dessus de nos têtes.

Séance de travail sur  mon ordi. Réponses aux écoles, cela me prend une bonne parie de l'après midi, discussion avec le fils du patron de l'hôtel

Confection de l'emballage du paquet de 5 kg chez le tailleur du coin, après un repas, il est 20 h quand je me mets au travail, il est une heure dix du matin quand j'éteins l'ordi et aujourd'hui je n'ai pas dessiné...

 

Samedi 17 mars

Ce matin petite épreuve administrative: l'envoie d'un paquet pour la France, j'ai mon  marqueur, mon rouleau de scotch et ma colle pour les timbres, surprise! En net progrès, la poste, j'en ressorts en moins d'une heure...

Je prends des renseignements concernant une journée de taxi pour lundi au programme: visite d'autres villages, le marché d' Anjar et la fin de la course à Mandvi avec mes bagages, c'est faisable et abordable.

Pour l'après midi je décide d'aller à 50 km au nord de Bhuj à Bhirendiara, déjà à la station de bus un jeune m'a repéré et me refile sa carte de visite avec adresse d'une famille d'artisan...

Deux heures de bus, à l'arrivée un autre jeune m'attend à la descente du bus, il a été prévenu par téléphone, tout cela m'a l'air un peu trop bien organisé mais j'ai mis le pied dedans autant y aller à fond. Une demi-heure de marche sur une piste dans un demi-désert, le sol est recouvert d'une couche de 20 cm de poussière de sable.

Le petit hameau formé de 5 huttes est placé sur un promontoire de bouse de vache séché, la surface est propre et balayée de toutes poussières, d'entrée la première hutte sert de show room où deux femmes en costume traditionnel m'attendent, un bébé dort sur le sol, sur les murs; des motifs en bas reliefs avec incrustation de petits miroirs, fait avec de la bouse de chameaux mélangée avec du sable et teintée à la chaux.

On me présente des belles couvertures  brodées, des housses de coussins, des étoffes, hélas les prix sont si élevés pour l'inde que je n'essaye même pas de marchander, il faudrait diviser les prix par trois et vu la qualité de travail, je n'ose pas, une femme m'autorise à la photographier mais quand elle comprend que je n'achèterai pas ici elle change d'attitude et je vois qu'elle est furieuse, j'explique que je suis un peu comme eux ; un artiste, que mon budget n'est pas celui d'un américain, que je suis venu en bus et non en taxi d'ailleurs un guide introduit déjà un groupe de français. Je m'installe dehors avec des enfants pour faire une aquarelle, ils parlent anglais, signe qu'ils vont à l'école. Mon hôte est musicien de mariage et joue pour moi quelques morceaux, il me dit que ça lui fait plaisir, il tente surtout de me vendre son CD plus cher qu'en france.

IL fait très chaud dans ce coin, je retraverse mon désert de poussières et prends un mini bus pour rentrer.

 

Dimanche 18 mars

Le dimanche Bug à l'air d'être une ville morte, ils doivent tous partir au bord de la mer, tous les commerces sont fermés, tous les rideaux métalliques baissés. J'en profite pour me mettre à jour avec les élèves du Val d’Oise, ils m'ont posé une palanquée de questions quelquefois assez drôles sur la vie d'artiste.

La chaleur se fait de plus en plus présente et dans l'heure de midi c'est une belle fournaise, j'essaye de visiter quelques autres sites sur Bhuj, je marche beaucoup pour voir quelques ruines et je me retrouve en début de soirée à mon hôtel bien fourbu...

 

Lundi 19 mars

A 8h 40 Mr Shakur Manjothi passe me prendre pour Mandvi, le soleil est un peu voilé, premier arrêt à Dhamanaka, visite d'une petite entreprise Ahir d'impressions Block print, tampons en bois ou métal, dehors des hommes fixent et rincent les tissus, le fils m'explique les teintures: indigo chimique pour le bleu foncé, indigo naturel pour le bleu ciel et de la rouille oxydée pour les noirs et curcuma ou tamarin pour les jaunes. Un travailleur m'applique gentiment son tampon sur mon carnet de voyage.

Vingt kms plus loin mon chauffeur me prévient que je n'ai jamais vu ce qui va venir, nous entrons dans un atelier de broderie 10 femmes assises par terre le nez dans le tissus exécutent une broderie d'une finesse époustouflante, trois mois pour réaliser un carré de 70cm X 70cm plusieurs années pour un sari, une femme coupe des petits miroirs de 8mm de diamètre qui seront incrustés par centaines dans l'étoffe, une femme entre, une surveillante qui relance les travailleuses, je vois bien qu'il ne faut pas les distraire et je les remercie...

A  11h sous un beau soleil, nous arrivons à Anjar, un gros village où se tient le marché du lundi, beaucoup de Rabaris, ethnie nomade à 70 pour cent originaires d'afganisthan ou du désert de Sindh, ils déplacent leurs troupeaux parfois  jusque dans le sud de l'Inde. Les femmes sont habillées en noir, les hommes tout en blanc ce sont eux qui ont des vestons à volants.

Je déambule pendant 1h30 au milieu de cette foule colorée par les autres ethnies et les Indiens en grillant de la pellicule, les gens me sourient, me demande si je vais bien, quelques vieux  possédant un excellent anglais poussent plus loin la discussion.

A 14 h nous arrivons à Mundra une ancienne ville portuaire, d'emblée mon chauffeur attentionné me dépose dans les vieux quartiers, j'achète quelques bananes (le goût des petites bananes indiennes moelleuses et sucrées... Mm!) de chaque coté de la ruelle des linteaux de portes sculptés dans la pierre, des balcons en bois travaillés et peints de couleurs pastels.

Après une petite heure je retrouve Shakur et son Ambassador confortable, nous roulons quelques 25 km jusqu'à Bhujpur un autre village où vit une partie de sa famille, sa tante, une vieille femme de 70 ans prépare le tissus pour l'impression Tie & Dye un bandhani très fins où les petits nœuds se touchent presque, le tissus est enroulé de plusieurs tours et deux demi-clefs bloquent la réserve d'impression, là encore c'est un long travail de patience. Leur voisin a un atelier d'impression Block print, mais là, le bloc est imbibé de cire chaude, le motif sera en réserve blanc sur fond, lui, teinté, (la cire disparaît dans des bains d'eau bouillante) je demande une application sur ma page qu'on ne me refuse pas.

Le temps rechange pour devenir lourd et humide, nous arrivons à Mandvi. Le long du quai, d'énormes bateaux de fret en chantier, l'hôtel choisi est le bon et juste en face de l'estuaire. C'est la première fois que je trouve un hôtel de cette qualité en vingt ans de voyage en Inde, les trois critères principaux sont enfin réunis: pas cher, calme et propre et surtout ajouter la gentillesse du patron qui me donne un plan de la ville avec ses conseils et une double page dactylographiée concernant tous les services qu' il propose et plein de renseignements sur cette petite ville. En marchant le soir dans la rue principale j'ai l'impression d'être a Calcutta tant le taux d'humidité est élevé, la proximité de la mer?, le temps orageux? Je verrai demain...

 

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