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4 suite et fin du journal de Bombay à Delhi
- Publié le 09:59 le 7/06/2007 par francois
Vous vous trouvez sur la dernière page de mon récit du voyage, pour accéder aux dessins et aux photographies allez à la rubrique "archives" dans l'onglet en haut de page!
Jeudi 5 avril Pour ma dernière journée à Bikaner, je prends un taxi pour aller à Deshnok, à 30 kms, visiter le Karni Mata Temple dédié à une incarnation de la déesse Durga. L'édifice est en marbre blanc et des portes en agents offertes par le Maharaja de Bikaner séparent les différents sanctuaires. Ce temple abrite un sanctuaire pour rats, ces rats sont sacrés et ils circulent librement dans tout le temple. Partout, des grands bols de lait, des graines et des sucreries gavent les milliers d'animaux. Les petits rongeurs vous frôlent et sont très habitués à côtoyer les dévots, certains sont endormis ça et là, d'autres jouent et ils mangent, ils mangent... Des centaines de petits trous dans le marbre leur permettent de s’isoler dans des coins sombres et de rejoindre leur sanctuaire où seul un petit moucharabieh permet à l'humain de les observer. Inutile de dire que cette fenêtre est inaccessible tant l' Hindou est en admiration et surtout espère voir un rat blanc signe de bonheur. Les pieds nus collent à la nourriture dispersée dans tous les sens. En rentrant, mon chauffeur m'arrête à un autre temple, plus petit et moins renommé, qui lui abrite une petite colonie de rats blancs aux yeux rouges, ils sont beaucoup moins beaux... De retour à Bikaner, je vais visiter le musée Prachina fondé en 2000 par la princesse Siddhi Kumari de Bikaner. On peut voir une belle collection de costumes royaux ainsi que de très beaux objets de la famille. Dehors deux jeunes artistes travaillent et vendent leurs dessins très axés tourisme, dommage qu'ils ne présentent pas de miniatures, Bikaner est réputé pour ce genre d'art. Toutefois le travail de l'un d'eux est tout en finesse, il est en train de dessiner une façade du fort avec un critérium qu’il taille à la lame de rasoir. Nous discutons, je lui offre une mine de plomb et un crayon charcoal, il me donne une petite peinture à l'eau. En remontant Rem road je m'arrête fréquemment pour crobarder des taureaux avec un stick d'huile noir, à chaque fois des indiens s'arrêtent scotchés, heureusement que le dessin ne dure qu’une ou deux minutes, sinon j'aurais la ville sur le dos. En haut de Rem road, le passage à niveau est baissé, je quitte mon gros crayon gras pour faire quelques clichés. Vendredi 6 avril 8h30, je quitte Bikaner un peu à regret, cette fascinante ville mériterait qu'on s'y attarde, je suis loin d'avoir tout vu, mais il faut bien en garder pour une prochaine fois car j'espère bien y revenir. Toujours dans le Rajasthan, je me rapproche de Delhi terme de ce voyage, pour passer quelques jours dans la région du Shekhawati. J'avais visé Jhunjhunu, petite ville et opte de descendre en cours de route, 30 km avant, le village de Mandawa qui m'a l'air intéressant. Effectivement, ce petit bourg tranquille abrite quelques beaux Havelis du 18ème siècle, petite cité marchande fondé par des riches négociants. Vers 16h, promenade, instantanément un garçon de 12 ans me parle français et propose de m'accompagner pour perfectionner cette langue, je lui explique que je ne veux surtout pas de guide, que j'aime me perdre mais que j'accepte son bavardage. Et pour être bavard, il est bavard... et sans cesse son chemin arrive à une boutique, il est bavard et malin le minos!, il faut sans arrêt que je mette les points sur les i. Quand il comprend que c'est moi qui décide où je vais et que je ne suis pas le pigeon qu'il croyait, je lui donne quelques pièces européennes « pour sa collection » mais il aimerait avoir une pièce de deux euros, quand je vous dis qu'il est malin... Apparemment deux rues principales avec un petit bazar, antiquaires et magasins d'art, pas ou très peu de motos, pas de rickshaws, quelques bus qui passent apportent de l'animation mais ce village est calme et les ruelles magnifiquement entourées de fresques peintes sur les murs des Havelis. Beaucoup de ruines de temples et d'anciennes maisons. Dans le magasin, Je regarde des peintures miniatures, une spécialité du Rajasthan et du Shekhawati, sur plastique imitation os aucun intérêt, sur soie et celles qui m'intéressent; sur d'anciennes pages de livres, j'en sélectionne cinq mais malgré le prix « artiste », ce n'est pas un bon prix pour moi et j'en trouverai à Delhi. Ce lieu à cheval entre la ville et la campagne est sympathique malgré son coté très touristique, c'est d'ailleurs un tourisme éphémère composé de petits groupes ou de voyageurs en taxi qui visitent la petite ville en quelques heures. Samedi 7 avril Le calme relatif de mon hôtel est indien; il y a deux chantiers d'agrandissement de l'établissement qui travaille de 8h le matin jusqu'à 23 heures, avec 1 heure d'arrêt le midi (l'ouvrier indien n'a pas beaucoup de droits) Je pars retrouver un bel arbre planté sur un mur dont les racines sont apparentes pour le photographier et me balade dans les ruelles désertes du village. Des Havelis partout mais les fresques tombent ou elle sont recouvertes d'affiches et de peintures publicitaires, plus loin un baoli très profond mais la structure architecturale est en ruine elle aussi. Le village est petit mais j'arrive quand même à me perdre, en retombant sur le bazar je peux observer un fabriquant de bangles en laque de différentes couleurs. La laque est chauffée puis assemblée sur un bracelet de cuivre ou de laiton, les verroteries sont incrustées et le bracelet est formé sur un gabarit en bois. Aquarelle de la place principale près de l'arrêt des bus et plus tard en début d'après midi je me lance dans une autre, vue du village du toit de l'hôtel. Balade de début de soirée dans le bourg, visite de marchands de miniatures, les belles pièces sont hors de prix, discussion avec un instituteur autour d'un chai. Plus tard rencontre avec Abra une artiste Bolognaise qui finit elle aussi son voyage. Dimanche 8 avril Toute la nuit il y a eu des chants de temple avec percussions et harmonium, heureusement la sono saturée a rendu l'âme aux dieux vers deux heures du matin, tout le village et les environs en ont profité. Et c'était très agréable de s'endormir sur cette mélodie devenue acoustique. Aujourd'hui départ en jeep collective survitaminée, comme les bandes de goudron au Shekhawati font trois mètres de large, quand on croise un bus ou un truck survitaminé lui aussi, mon véhicule fait du vrai tout terrain. Jhunjhunu principale ville du Shekhawati est à 30 kms de Mandawa, le trajet est rapide. Après avoir trouvé un hébergement qui est à l'écart du centre ville et jusqu’ici très calme, je pars vers la ville et me retrouve attiré comme un aimant par les vieux quartiers et leurs bazars. Les ruelles sont entourées de petites boutiques et quand on lève le nez, on ne voit que des Havelis avec fresques peintes. Le labyrinthe descend en pente douce et en tournant dans tous les sens. Beaucoup de petits temples de quartier, dans l'un d'eux une toute petite pièce carrelée en damier; un superbe lingam dans la pénombre avec un Naja, plus loin des banians montrent leurs racines dans des ruines, je suis emballé par cette petite ville... et les habitants sont gentils, moins business qu'à Mandawa. En cherchant un endroit pour manger sous l'orage qui menace et la nuit qui tombe, à quarante mètres de mon hôtel, un superbe banian dans une cour de temple, sa ramure couvre un paquet de mètres carrés, ses réminiscences sont devenues d'autres troncs, il est très grand et magnifique, un beau sujet! Minuit tout est calme. Une heure du matin; réglage et balance d'une sono « eg, do, allo, eg, do » et c'est parti; tambours, cuivres de fanfare et chants, c'est un mariage, la procession tourne dans le quartier jusqu'à trois heures du matin... c'est l'Inde. Lundi 9 avril Je commence ma journée devant le grand banian, dessin tortueux, l'arbre est magnifique et en même temps monstrueux avec tous ces entrelacs de branches, un abri parfait pour quelques familles de cobras. Deux kilomètres à pieds pour rejoindre le grand temple Rani Sati, l'édifice est colossal, tout en marbre blanc, la grande voûte du sanctuaire principal est richement décoré de verres multicolores, de miroirs en motifs abstraits et géométriques ou représentant des grandes scènes du Mahabarata, la grande épopée Hindoue. La ferveur religieuse est bien présente mais je n'y trouve pas les mystères d'un petit temple plus sobre. Je continue ma promenade à la recherche d'arbres incrustés dans les murs, découvre d'autres havelis et quartiers en piteux états, d'anciens cénotaphes inaccessibles. On sent à Jhunjhunu que le patrimoine culturel est laissé à l'abandon et du coup peu de touristes s'y attardent, la vieille ville n'est pas si grande et on a vite fait le tour. Un rickshaw m'emmène à la gare de bus où je me renseigne sur les bus pour Delhi, je déjeune dans un hôtel, le propriétaire est un ancien photographe, il a du faire fortune dans les années 70 car il possède deux établissements. Jovial et sympathique nous discutons presque deux heures, il montre à ses fils mes appareils photos avec lesquels il a travaillé dans le temps. Gavé d'un bon Tali, à 15h30 je reprends ma balade vers le bazar jusqu'à l'approche du soir. Mardi 10 avril Ce matin départ de Jhunjhunu pour Delhi, presque sept heures de trajet, petites routes au début pour quitter le Shekhawati dans une belle campagne qui finissait ses moissons, puis route avec pas mal de trafic et bel embouteillage en arrivant sur la capitale. Traversée de Gurgaon, ville nouvelle en pleine expansion, les multinationales construisent leurs buildings en verre et toute la banlieue Sud Ouest est un colossal chantier de ponts, d'échangeurs et d'entreprises à l'assaut du grand marché indien. Delhi est une ville sympathique avec de beaux et grands espaces verts, le sud est très moderne et au nord il y a Old Delhi avec ses vieux quartiers ses mosquées et bazars. Il fait 39 degrés, quand j'arrive au quartier de Pahargang où je cherche un hôtel du coté d'Arakashan road, des rabatteurs qui s’incrustent et proposent des établissements chers et crasseux, je les envoie balader, je visite 6 chambres et change de coin pour retrouver Main Bazar où il y a plus de choix, j'en trouve un acceptable un peu à l'écart de la rue commerçante où je pose mes bagages. Voilà une journée de transit où je n'ai fais, ni photos ni dessins, le voyage s'est un peu terminé à Jhunjhunu et les quelques jours qu'il me reste vont être occupés à faire développer mes négatifs couleurs fait avec le vieux Voiglander de 1931, faire des achats, rendre visite à des amis rencontrés en 2005 qui vivent à New Delhi, visiter quelques galeries et expositions de peintures et s'il me reste un peu de temps découvrir de nouveaux endroits que je ne connais pas. Mercredi 11 avril Séance administrative pour confirmer mon vol de retour à Air India. J'arrive au siège de la compagnie aérienne à 10h et prends mon ticket d'attente: n° 83, au tableau lumineux le n° 72 tout va bien une dizaine de comptoirs sont ouverts, 10h10: panne de courant, tout s'arrête... 10h 30, la lumière revient mais les ordinateurs ne veulent pas démarrer, 11h30, il ne se passe toujours rien, les clients continuent à prendre des tickets d'attente, les panneaux lumineux se sont arrêtés sur le n° 72... je reviendrai demain. Je retrouve mon photographe qui me promet mes films couleurs pour demain. Balade autour de Connaught place; une grande place circulaire où les enseignes internationales ont pignons sur rue, une grande galerie avec arcades permet de s'abriter du soleil. Les jeunes Indiennes en Jeans se promènent en mangeant des glaces, les nettoyeurs d'oreilles proposent leurs services. Visite de deux galeries d'art, dans l'une un beau petit bronze contemporain d'un Ganesh aux bras levés; 30 000 roupies quand même, cela fait beaucoup pour ma bourse! Le marché de l'art Indien à l'air de s'envoler! Retour sur le quartier de Pahargang, quelques achats dans le bazar et vers 7 heures je reconnais Jean pierre Moreau rencontré deux ans auparavant, il voyage en fauteuil roulant malgré sa paraplégie et passe à Delhi pour se faire soigner par acupuncture électrique, c'est quelqu'un que je respecte beaucoup et donne beaucoup d'énergie pour aider d'autres handicapés, nous avons un projet ensemble qui se fera peut être un jour pour initier des handicapés à la sculpture. Toujours pas de photos, ni dessins... Ce soir panne d'électricité dans le quartier, tous les gros générateurs diesel des hôtels tournent à plein régime, l'air est irrespirable, vers 22h le courant revient et le vacarme s'atténue. A trois heures du matin le générateur redémarre, pourquoi à cette heure?, Mystère... Je l'entends fort pendant une heure et fini par m'endormir avec ce vacarme, je commence à m'habituer au bruit alors que je vais quitter ce pays. Jeudi 12 avril Air India de nouveau, j'arrive à l'ouverture, tout va très vite, une bonne chose de faite... Visite de Rabindra Bhavan, un lieu d'exposition pour artistes, huit galeries, rien de transcendant. Un rickshaw me dépose au centre d'art Hindira Gandhi tout est fermé... Un peu de marche à pied, je traverse l'immense rond point où l'arc de triomphe; Gate of India marque le centre, les touristes Indiens se photographie devant. Le soleil cogne déjà fort et je trouve le Musée d'art moderne, deux salles consacrées à Rabindrhanath Tagore et à son frère, c'est toujours agréable de voir les oeuvres dessinées de Tagore et tous les artistes de cette époque qui tendaient vers la modernité. De nos jours les artistes contemporains Indiens sont beaucoup plus conservateurs. Une très belle rétrospective de Benodebehain Mukherjee avec des bois gravés, des impressions sur tissus et sur toile et une collection impressionnante de dessins magnifiques réalisés dans l'Himalaya dans les années 1935. Et quand même, une bonne sélection d'une trentaine d’œuvres contemporaines Retour sur Pahar gang, J'appelle Eric nous nous rencontrerons sûrement demain. Vers 19 heures je prends un rickshaw vélo qui file avec dextérité à travers la foule du bazar pour aller chercher mes négatifs, ils ne sont pas prêts, mon photographe a préféré par mesure de prudence en faire développer qu'une ( le moyen format n'est plus chose courante en Inde) j'approuve son attention, j'aurai mes dix rouleaux demain midi. Dîner chez Pizza Hut cher et frugal mais pour les Indiens friqués qui ont fait leur shopping sur Connaught place, c'est la mode! Un dernier verre au « café des Français », le quartier de Paharganj à l'air calme, pour le moment, il y a l'électricité. Vendredi 13 avril Il fait chaud, très chaud, anormalement chaud à Delhi: 39° à 9h ce matin. Direction Old Delhi et la Jama Mastrij, la plus grande mosquée du subcontinent, toute en grés rouge, les grands minarets et les coupoles en marbre blanc, très belle. Je l'avais visité en 2005 et cette fois je retourne chez les antiquaires sikhs qui bordent la mosquée, ils sont tous fermés (vendredi) sauf un indien qui m'emmène dans les ruelles minuscules. Nous entrons dans une réserve sur trois étages remplis de bronzes et d'objets en cuivre. Je trouve mes petits cadeaux et les pose sur la balance, d'emblée le vieux sikh me fait 50 pour cent de rabais (il doit faire ce cadeau à tous ses nouveaux clients!) et je dois me battre pour obtenir un autre rabais de 25 pour cent. Repas au restaurant musulman « Karim's », nourriture garantie fraîche. Je redescends Chawri bazar jusqu'à Ajmeri Gate, la rue grouille de musulmans habillés de blanc qui se rendent à la mosquée. Je reprends un rickshaw vers Connaught place pour récupérer mes films, le développement est bon, deux films sont un peu déchirés mais sans gravitée. Je retrouve Agnès et Eric à Khan Market dans le sud de Delhi nous passons une bonne soirée autour de plats Tibètains. Samedi 14 avril Journée de shopping avec ma chérie, achats de quelques bijoux; colliers en Lapis Lazuli et en turquoises, petites chaînes en argent ainsi que des couvres lits et housses d'oreillers en patchwork du Rajasthan, pas d'aussi belle qualité que dans le Kutch mais nettement moins cher. A chaque fois c'est une demi-heure de marchandage, parfois pour rien, et quand l'affaire est conclue, c'est encore une demi-heure de discutions conviviales autour d'un thé. Nous faisons 3 ou 4 allers et retours, Main bazar est orienté nord sud et en pleine journée il n'y a pas d'ombre. J'achète aussi des CD de musique classique Indienne avec cet instrument que j'adore: le Sarangi et des musiques de films Bollywood à prix imbattable ( trois cents titres pour 3 euros).h Nous regagnons la chambre exténués, les jambes lourdes, il faut encore ressortir pour dîner, heureusement nous avons une très bonne adresse avec de la cuisine de qualité et saine. Dimanche 15 avril De plus en plus chaud à Delhi, j'ai entendu parler de 43° à l'ombre!!! Cet après midi j'ai rendez-vous avec Agnès et Eric pour aller visiter des dépôts de meubles anciens dans le sud de Delhi. Le choc; des centaines de mètres carrés de mobilier Indien et Tibétain, des portes sculptées, des armoires et bahuts, des lits, des coffres, sièges tous aussi beaux les uns que les autres, je craque sur une petite vitrine de style coloniale anglaise et sur un bahut de la région du Gujarat avec des miroirs incrustés, les prix sont abordables et surtout Eric, qui doit rentrer en France en juin me propose de le rapatrier avec ses affaires personnelles via bordeaux. Nous visitons un autre dépôt exclusivement consacré au marbre; sculptures, moucharabiehs ciselés, vasques et bassins de temples. Un autre hangar renferme des palanquins de Maharaja, des charrettes anciennes et des jarres et vasques en cuivre de dimensions impressionnantes. Lundi 16 avril, 44° Avant dernier jour, matinée passée à préparer un colis pour la France, 17kg quand même... Nous le recevrons fin juillet. L'après midi séance coiffeur / barbier / massage de la tête, il faut absolument connaître ça quand on vient en Inde, c'est un réel plaisir, on en ressort tout détendu. Je me remets une dernière fois devant l'ordinateur pour répondre à quelques élèves du Val d'Oise, je trouve que la communication a moins bien fonctionné qu'en 2005. Les échanges ont commencés à la moitié du voyage et il y a eu les vacances scolaires qui sont venues rapidement et ont stoppées prématurément l'aventure, mais je pense qu'à la rentrée de Pâques cela va repartir. Dernier dîner avec Agnès et Eric, nous nous reverront sûrement en France à leur retour. Demain je vais dans New Delhi régler cette histoire de meubles, bloquer la vente avec un acompte et essayer de négocier un peu les prix, l'après midi sera consacrée à faire mes bagages, flâner un dernier moment dans le bazar et prendre un taxi pour l'aéroport. Merci à tous d'avoir suivi le périple, j’espère que vous avez voyagé. Quelquefois mes propos peuvent paraître un peu caricaturaux mais pour avoir une toute petite idée de l'Inde il est nécessaire d'exagérer un peu. Quant aux Indiens s'ils peuvent être parfois incompréhensibles c'est ce qui fait leur charme, j'admire leur bonne humeur, leur joie de vivre, leur spiritualité et ils me font bien rire comme je les fais rire aussi. Un grand merci aux innombrables Dieux qui m'ont accompagnés pour ce périple au Gujarat.
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3 suite du journal de Bombay à delhi
- Publié le 09:57 le 7/06/2007 par francois Mardi 20 mars Ce matin, ciel dégagé, petite brise, l'air est plus sec. Petit déjeuner pris sur la terrasse, c'est le grand luxe. Juste devant l'hôtel; un quai, la mer est basse et le chantier naval sur 800m à droite. Les gros cargos en bois sont encore à contre jour mais dans trois heures j'aurai une bonne lumière... je marche vers le port et découvre de jolies maisons colorées avec des arches façon « Zanzibar ». Je visite un atelier de maquettistes naval de père en fils, ils réalisent de très belles maquettes en bois de dhows à voiles et ont des commandes pour les musées. Je discute bateaux et navigation avec le fils de la famille, il m'apprend que le bois des chantiers vient de Malaisie et que ces bateaux sont destinés au fret entre l'Inde et Dubaï, je lui achète une petite coque en teck. Je me fait interdire avec autorité l'entrée du port (zone stratégique), tant pis, les chantiers navals eux sont bien visibles; une dizaine d'unités de 40 m. de longueur sont en cours d'achèvement. Je pénètre à l'intérieur de l'un d'eux, des ouvriers hissent avec un palan un barreau de pont d'un mètre par un mètre de section long de 15m, la pièce doit bien peser plusieurs tonnes. Les planches des bordés font 15cm d'épaisseur, les couples; au moins 50 cm et le vaigrage intérieur encore 15 cm cela fait une coque de 80 cm d'épaisseur: c'est du solide! Séance de photographies et de dessins, le paradis... En fin d'après midi je me balade au frais dans les ruelles de cette charmante petite ville, les linteaux et frontons de portes sont ciselés dans la pierre, de beaux balcons en bois surplombent les rues, je me perds avec plaisir parmi une population souriante et accueillante. Mercredi 21 mars Aujourd'hui encore des balades dans Mandvi, je découvre d'autres bazars avec des petits passages couverts et des ruelles tortueuses, achat d'un cahier de dessin pour faire des croquis rapides, je teste autour de chameaux au repos près de la scierie. Hier j'ai dégotté un petit restaurant de rue musulman j'avais mangé un bon riz frit avec du poulet, le taulier est très agréable j'y retourne pour manger deux Pomfrets excellents. Un bon cyber café pendant le cagnard, une heure et demi quand même! L'après midi est bien avancé quand je me décide à partir pour une plage à quelques kms d'ici, mauvaise entente avec les rickshaws men qui me prenne pour Mital, le magnat de l'acier dans le monde (pour dire, il a marié sa fille au château de Versailles), je pars à pied et trouve un rickshaw sur la route qui me propose un prix indien mais qui ne parle que Kutchi. Je me retrouve largué sur une plage déserte où un jeune couple a ensablé leur voiture jusqu'au moteur et le becquet avant fait ancre dans le sable mou. Le conducteur a sûrement vu dans un film Bollywood une balade romantique pour emballer les filles. Je commence à dégager le sable sous la voiture, l'homme me regarde l'air intéressé, quand sa petite amie met la main à la pâte il s'y met quand même, l'auto est bien prise et malgré pierres et branches d'arbres reste enlisée, Je passe une bonne heure à les aider, pour finalement lui conseille d'utiliser son mobile pour appeler un 4x4 ou un tracteur, je ne peux rien faire de plus pour eux. La plage étant vide je prends un bain dans le plus simple appareil, le vent forme des vagues et le courant traversier très fort, au moins 5 nœuds, je garde pied par prudence, la mer est bien salée et chaude. Pour le retour, bien sur pas de rickshaw, il ne me reste plus qu'à marcher jusqu'au village voisin avant que la nuit ne tombe et prendre un rickshaw collectif. Au village j'explique tant bien que mal la mésaventure des deux tourtereaux ou étourneaux, on me répond que ce n'est pas mon problème et qu'ils trouveront une solution! Ça aurait été des occidentaux ils seraient sans doute déjà partis! Encore une fois c'est l'Inde et ses paradoxes. Le soir, dessin de rue animée avec une jolie mosquée en arrière plan en m'aidant de photos. Jeudi 22 mars En fin de matinée j'essaye une plage plus prés en traversant la rivière Rukmavati (un havre qui subit le marnage) en prenant la route à droite je devrais trouver l'hôtel Beach Resort et les éoliennes. L'hôtel est une ruine abandonnée je ne pourrais donc pas y déjeuner, je demande à mon rickshaw de m'attendre 15 minutes, le temps d'aller piquer une tête dans les vagues, la marée est basse et pour trouver l'eau à mi-cuisses je marche 200 m. dans la mer, finalement je fais quelques brasses dans l'eau tiède. Je rentre déjeuner au « yali » et part du coté des chantiers navals, en passant la tête à l'intérieur de l'un d'eux je suis invité à pénétrer à bord, salam alekoum, j'offre des cigarettes et m'installe au milieu d'eux avec mon carnet de voyage, les ouvriers sont occupés à déplacer une grosse pièce de bois à l'aide de palans, pendant que je peins, un enfant pose prés de moi une tasse de thé noir... Avant de partir, je photographie au 6x6, le dessin est comme un laisser passer, c'est une manière de s'intégrer au paysage et aux hommes, ils voient quel est mon travail et je me sens beaucoup moins voyeur pour faire mes photos. Le « cargo ship » Al Sameer mesure 50 m de longueur, il pèsera une fois fini plus de 250 tonnes, je me renseigne: chaque barreaux de pont pèsent à lui seul 5 tonnes. Je fini ma balade autour des grands bateaux le rolleiflex en bandoulière. Repas en compagnie d'un couple suisse italien qui découvre l'Inde mais qui ont bien baroudé autour du monde, point commun: les voyages, la photographie et la voile permettent de prolonger la soirée en discutant sur la terrasse de l'hôtel. Vendredi 23 mars Séance de travail sur l'ordi; les enfants de Marines dans le Val d'Oise ont bien accroché, réponses aux questions sur les animaux, les temples, les enfants en Inde, mes techniques de dessins, les dessins des pieds dans les temples leur paraissent « bizarre »... Je leur prépare un atelier de dessin pour apprendre à dessiner des Rangolis. Cet après midi je me paye une plage privée à 10 km dans l'ouest de Mandvi, un rickshaw m'y dépose, il reviendra me prendre vers 17 h. La plage est payante et complètement déserte seul un tournage de film à 200 m occupe une petite partie de la vaste plage, une paillote sert des plats un peu chers mais la tranquillité et l’isolement est un luxe en Inde. Pendant que j'attends mon plat j'observe des gros lézards caméléons qui se dorent au soleil sur le toit de palme, j'arrive à m'approcher d'assez près pour les photographier. Près de l'eau sous des parasols, quelques fauteuils occupés par des chiens... de luxe s’il vous plait. La mer est calme et sur ces quatre heures de vacances paradisiaque j'en passe au moins trois dans l'eau. Après m'être bien baigné j'aperçois un serpent d'eau qui se laisse porter par les vagues, quand je l'approche, il s'enfuit. Mon rickshaw arrive à l'heure prévue, retour sur Mandvi, balade dans le bazar, découverte de nouvelles ruelles où je m’égare encore, on perd complètement le sens de l'orientation dans ces labyrinthes, on est vendredi, il y a une belle affluence sur les marchés. Samedi 24 mars Ce matin, rituel des cartes postales pour ceux qui n'ont pas Internet et l'inévitable épreuve de la Post Office où il faut faire preuve de patience car l'employé administratif indien quitte toujours son guichet quand vous arrivez, il a le pouvoir de vous faire attendre et il en abuse, chaque papier est écrit en trois exemplaires, et il tape sur son clavier d'ordinateur avec un doigt en épelant les lettres de l'alphabet, il prend un malin plaisir à vous ignorer, pour ajouter au plaisir, le client indien qui est arrivé après vous, passe devant vous sans sourciller. Quand c'est enfin votre tour, l'employé administratif fait sa pause thé, enfin vous lui demandez douze (bara) timbres pour la France, il recompte cinq fois vos cartes postales et cinq fois la monnaie, l'employé administratif adore palper sans fin les liasses de billets, avec les femmes employées administratives vous pouvez ajouter une demi-heure à cette heure passée... Mais il faut dire que pendant ce temps, si vous avez un stylo et du papier vous pouvez écrire ce que je viens d'énoncer pendant que vous achetez des timbres!, c'est quand même ça de gagné. La patience est un art en Inde. L'après midi je fais des croquis le long du quai des chantiers navals et m'arrête à la scierie où les troncs de quinze mètres sont coupés au carré; aquarelle et visite des ouvriers à tour de rôle. Soirée dans le bazar, achat d'une jolie couverture pour le Rajasthan, achat de quelques pakoras (beignets de pomme de terre), de raisin, de petits gâteaux musulmans et de butter milk une crème anglaise avec des raisins secs, des noix de cajou et de la glace à la vanille pour me faire un petit repas à l'hôtel. Comme vous avez été sage: Bonus petite discussion indienne. 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Dimanche 25 mars Levé tôt pour me promener sur la rive Est du havre de Mandvi, Sanaksa est un village musulman de pêcheurs et de constructeurs de cargos ship, l'un d'eux a une architecture plus classique avec un bel arrière à voûte. Sur la grève plus loin des petites embarcations où des mareyeurs débarquent du poisson avec une charrette et un cheval. Retour à l'hôtel car je dois partir pour Jaisalmer dans le Rajasthan, un trajet de 800 kms. 11h, je prends une jeep pour Bhuj où j'ai réservé un bus de nuit avec couchette. A Bhuj j'ai quelques heures que je consacre à une séance au cyber café car j'ai maintenant 4 classes avec qui je communique et les questions fusent... Mon bus part à 17 h et doit arriver demain matin. 19h premier arrêt prolongé a Ghandidam, pleins d'hôtels pour routiers et toujours autant de camions truck dont la pollution absorbe un soleil rouge qui tente de percer, départ du bus, arrêt, re-départ et à 20h30 arrêt dans une gargotte plus que rustique où l'on mange un petit tali assis en tailleur sur un charpoy (un lit tressé en corde). A partir de 23h nous abordons le désert salé du Little Rann, dommage qu'il fasse nuit car le paysage a l'air fantastique et j'ai l'impression qu'on roule sur une route fortement enneigée. Pendant 100 kms route de galère, le bus ne dépasse pas les 30 km/h et s'arrête presque tous les kms pour passer de gros ralentisseurs. Evidement, la sono fonctionne heureusement à un régime soutenable et dans ma couchette j'arrive à dormir un peu entre les cris du titi qui annonce les arrêts fréquents. Nous passons Barmer et une demi-heure après, le soleil pointe son nez sur le désert, nous arrivons à Jaisalmer à 8h. Lundi 26 mars Je trouve une chambre dans la citadelle fondée en 1156 et placée sur la route de la soie, les maisons sont magnifiques, les ruelles pavées toutes mignonnes, un peu dommage que les boutiques de fringues et souvenirs débordent sur les façades mais c'est la rançon de la beauté de ce site, les vendeurs parlent presque tous quelques mots en 4 ou 5 langues, je leur parle un langage inventé, c'est assez drôle de voir leurs mines attentives et déconcertées. Une bonne douche et un vrai petit déjeuner et je pars à la découverte le la citadelle qui n'est pas très grande (400 m dans sa plus grande largeur), les maisons possèdent des balcons et des moucharabiehs en pierre ciselée, c'est vraiment, mais vraiment très très beau... Je passe de la citadelle à la ville fortifiée, nettement plus grande, par la place royale où le maharaja a fait construire un palais de 7 étages puis par plusieurs portes en contrebas, cette partie, moins historique présente quand même de beaux bâtiments, je flâne un bon moment dans un bazar attirant, m'arrête à la devanture d'un photographe qui expose des tirages de 1916 d'après plaques en verre, certaines sont rehaussées de couleurs, j'en achète deux et discute un long moment avec le vieil homme qui parle bien l' anglais, je contourne la citadelle pour la voir d'en bas dans la lumière déclinante et la dessine sur une double page de mon carnet, je suis un peu près et je ne vois qu'un quart des remparts mais c'est superbe! Je remonte dans mon nid d'aigle contempler dans une lumière orange et violette l'astre qui plonge dans le désert. Mardi 27 mars Aujourd'hui visite des deux petits musées du désert entretenus par une famille de la région, juste à coté, prés d'un petit lac une porte ouvragée le Tilon Ki Pol surmonté d'un beau temple dédié à Krishna, autour d'un chai rencontre avec trois musiciens, un français et deux Rajasthanais un petit concert se donne avec un joueur de Kartal (sortes de castagnettes plates) à la chorégraphie harmonieuse et un joueur de Ravanhattha, un son de Sarangi plus métallique et à la résonance cristalline. Plus tard, visite de Salam Singh Haveli construit il y a trois siècles, cette demeure appartenait au ministre du maharaja, le propriétaire m'explique lentement pour que je puisse tout comprendre; toutes les pierres en grès jaunes sont assemblées par un système de mortaises, certaines pierres décoratives assemblées sous les corniches sont fixées par un pas de vis ou une baïonnette en pierre et pouvaient servir de projectiles en cas d'attaque. Partout des éléments en moucharabiehs ciselés dans le grès tous différents. Les portes très basses impliquent de se prosterner et en cas de fuite intempestive de s'assommer, les escaliers pour cette même raison sont construits avec des marches exagérément de différentes hauteurs. Au dernier étage une salle de danse ouverte sur trois cotés par des fenêtres à balcons, la lumière du soleil est capturée par des centaines de miroirs concaves qui éclairaient les danseuses. Retour à la citadelle, thé à la cardamone avec les commerçants du coin qui sont très bavards et donc qui apprennent vite les langues étrangères... Aquarelle au Lakshminath Ji mandir; un beau temple Hindou, fuite avec l'arrivée de la nuit et des moustiques. Dîner au restaurant Tibétain: Momos au poulet et Momos épinard/ champignon/fromage, très bon et vue imprenable sur une façade du palais et la porte d'entrée de la citadelle. Il est minuit moins dix, la nuit est agrémentée par des chants et musiques de la région, je reconnais une mélodie souvent entendue dans les temples de l'Inde. Mercredi 28 mars 21h 30, retour à la petite chambre du désert hôtel après une journée entière passé dehors, un moment de bonheur en Inde c'est de s'asperger de grands seaux d'eau froide dans ces petites salles de bain où l'eau s'écoule par le sol. Ce matin après le petit déjeuner, je suis monté sur le toit du restaurant Little tibet où j'avais remarqué une belle face du palais à cette heure bien éclairée, dessin de la façade agrémentée de balcons et moucharabiehs ciselés, je suis en plein cagnard et sue à grosses gouttes sous mon chapeau de Srinagar, le dessin demande de la rigueur afin de respecter les élégantes proportions de l'ensemble, je superpose ce dessin par une plus petite aquarelle, il est midi passé quand je redescends à l'ombre pour ingurgiter un litre d'eau. Achat d'un beau carnet en papier naturel et couverture en cuir de chameau, pour un prochain voyage... L'après midi visite du palais du Maharaja descendant direct de Krishna, l'entrée un peu chère mais justifiée par un guide audio en français et un droit de photographies. Des que l'on passe la porte d'entrée, la température chute de quelques degrés grâce à un système architectural favorisant les courants d'air. La visite prend bien deux heures dans un bijoux de pierre, des objets variés, peintures, photographies, meubles sont superbement mis en valeur et les commentaires me font faire un beau voyage dans le temps. On passe d'une pièce à l'autre par des escaliers, des couloirs étroits, des balcons et derrière des moucharabiehs en dentelle de pierre pour arriver au toit d'où la vue sur 360 degrés est imprenable. Discussions avec les vendeurs de tissus, les joailliers, autour d'un thé avec un indien juste rencontré, à chaque fois une heure et la journée passe vite. Arrêt au Laxmi temple pour terminer une aquarelle commencée hier, balade vers l'ouest de la citadelle, la lumière baissante pénètre dans les ruelles et c'est un bon moment pour photographier, pause sur un toit avec un rafraîchissement jusqu'au coucher du soleil, la ville, vue d'en haut, prend des couleurs ocres rouges et violacées, les pigeons s'envolent comme dans un conte de fée. Petit contrôle de mon courrier e-mail, ce n'est pas très rapide dans la citadelle, il faudra trouver mieux, peut être en ville pour télécharger des images, dîner aux chandelles dans un restaurant Indo-Italien. Jeudi 29 mars Chaleur anormale pour la saison, 35 degrés. Déjeuner/dessins puis tentative de change a la State Bank of Bikaner and Jaipur, je ne vais pas me répéter mais c'est un peu l'ambiance; Post Office, la seule différence, qui n'est pas moindre, la personne qui change les devises est le directeur, bien sur, il est très occupé... et fier comme un coq ou comme un paon, l'emblème du Rajasthan. Le taux de change me paraît très bas et ce directeur est vraiment trop occupé et n'a cure de mes devises européennes. La gare routière est à quelques mètres, j'en profite pour prendre les horaires pour Bikaner. Il est 15h, Il fait encore très chaud, et me fait déposer par un rickshaw près de Gandhi chowk (entre 11 h et 16 h, les déplacements à pieds et à découvert sont du suicide!), je trouve une agence qui me propose un meilleur taux bancaire et rejoins Patwon-Ki- Haveli indiqué comme l'un des plus beau haveli. Au débouché d'une petite place et d'une ruelle, une façade somptueuse s'impose, je suis stupéfait par un tel travail de la pierre de désert, pour pénétrer dans la demeure il faut emprunter une autre petite ruelle pavée de pierres du désert, plutôt un passage car le Haveli se trouve de chaque coté et au-dessus de vous, relié par des couloirs en moucharabiehs. Pour schématiser, ce Haveli est architecturé sur 3 ou 4 étages autour d'une cour centrale de 70 M2, à chaque niveau ; des pièces sont ouvertes (ou pas!) sur l'extérieur par des balcons ou des moucharabiehs en dentelle de pierre, et coté cour, une coursive avec passages sous alcôves et rambardes elles aussi ciselées. Des balcons couverts débordent dans la cour et laissent admirer la débauche de ciselure de la pierre. Le sol pavé, lui est lisse et patiné ocre jaune.. Le toit permet d'admirer, avec vue panoramique, la citadelle sur une belle longueur. Dans trois heures, la citadelle sera dans sa plus belle couleur. Je redescends les hautes marches et les plafonds bas d'un étage et je tente un croquis rapide, il faudrait des heures pour faire une étude documentaire ! Autour de cette demeure princière ou ministérielle pour être plus précis, dans ce même quartier, sûrement une dizaine, peut plus, d'autres Havelis plus petits mais eux aussi de véritables pièces de joailleries. En ressortant de ce quartier, dans Gandhi showk, les Indiens sortent de leur sieste et les rues s'animent, Je tente une séance web, fait graver le 5éme CD , le jeune qui gère le cyber café est sympathique, il écoute Aznavour, et possède sur son ordinateur des centaines de titres de chansons françaises mais la connexion est impossible ou interminable, de l'ordre de 20 bytes/sec, ce n'est pas assez pour télécharger les images, j'abandonne. Rencontre avec Yvan le musicien qui me conseille un cyber café plus rapide vers la citadelle, prés d'un grand banian. A cette heure l'ombre est arrivée et les habitants de la ville sortent sur le trottoir prendre le frais et le chai, les remparts du fort sont dorés comme une couronne en or. Au nouveau cyber café, une connexion rapide et efficace, j'aime!... Juste a coté de la porte principale du fort, première boutique: la Bhang shop gouvernementale, normalement ces magasins n'existent que dans les villes saintes sauf dans quelques rares endroits où cela fait partie d'un patrimoine culturel. La substance se consomme ici mélangée à un lassi, thé, avec du jus de citron, l'effet est euphorisant, comme après quelques bières, seul précision au vendeur; light ou strong, comme la bière. Montée la nuit par les trois portes du fort placées dans une épingle à cheveux, les dalles du sol brillent lustrées par des milliards et des milliards de pieds humains, j'ai l'impression de pénétrer dans le passé, plus haut dans les ruelles, les familles sont assises dans les vérandas et discutent tranquillement entre voisins, les portes des maisons et des pièces sont grandes ouvertes pour laisser pénétrer la fraîcheur, les boutiques ferment petit à petit. Je dîne sur un des bastions il est 21 h, je suis le seul client avec Corinne ma compagne et ma femme qui partage avec moi ce moment, un petit vent solaire rafraîchi doucement la cité antique. La voûte céleste prend sa courbe, l'astrologie se livre et plus bas comme une vue d'oiseau la ville s'éclaire derrière les moucharabiehs, vision des milles et une nuits. Pour retrouver ma petite chambre, je m'égare dans les rues de la citadelle, avec l'éclairage tungstène la pierre est couleur miel, Jaisalmer est un bonheur visuel, en passant près du temple Laxminath des chants apportent encore plus à cette sérénité. Cette sensation du beau, du parfait est présente quotidiennement, ici, même l'heure des chiens peut devenir agréable c'est dire! Seul petit bémol pour clôturer cette journée; une coupure d'eau qui me prive du seau d'eau sur la tête mais nous sommes dans le désert, du temps des Maharajas il fallait faire 12 km pour en trouver. Je vide mes cartes photos du jour et me mets à mon journal, à minuit et demi l'eau n'est toujours pas revenue, un litre d'eau minérale me suffisent pour faire ma toilette, il n'y à pas de pollution de gaz à effets de serre à Jaisalmer et les rues propres autorisent l'absence de savon, un litre d'eau, utilisé parcimonieusement et avec conscience permet un frottage du corps entier et son rinçage, finalement avec presque autant de plaisir qu'un seau de 5 à 6 litres. Vendredi 30 mars Au milieu des ruelles de la citadelle se dresse, un ensemble de sept temples Jaîns se touchant et reliés par des coursives, leurs construction date du XIIème au XVème siècle. Entièrement construit en grés ocre, on y accède par des escaliers aux marches hautes et luisantes, partout le Dieu assis en position de lotus y est représenté de la plus petite figurine jusqu'à des tailles humaines, en marbre blanc, noir et en pierre du désert patinée, les prêtres portant un linge devants leurs visages les astiquent pendant des heures. Au détour de couloirs sombres, on tombe sur des empilements jusqu'au plafond de ce même Dieu. Les gopurams sont chargés de sculptures très fines d'Apsaras, danseuses, musiciennes ou armées, terrassant des démons. Sur tous les angles droits des gopurams, et il y en a des milliers, des petites figurines de singes de 10cm de haut sont accroupis. Les voûtes des sanctuaires sont ornées elles aussi d'Apsaras et au sol, on peut voir des motifs géométriques en marbre incrusté dans la pierre du désert, les dévots font sonner les cloches et se prosternent devant leurs idoles et je ne suis pas insensible, dans ce lieu chargé, à la méditation. Les temples sont ouvert au non Jaîn entre 11h et midi trente, je n'ai plus beaucoup de temps, j'ai fais pas mal de photos mais je commence un dessin assis sur cette douce pierre. L'heure de fermeture arrive et un prêtre m’invite à quitter cet endroit fantastique. Pendant les heures chaudes je continue le dessin, au frais, dans ma chambre. Vers 17h, je rejoins la ville pour chercher un point de vue sur la citadelle au couchant, quand elle prend des couleurs de miel, en m'écartant d'elle de 300m. Un toit d'hôtel me permet de prendre un peu de hauteur et de pouvoir la contempler dans sa longueur, la ville au premier plan offre elle aussi de beaux ocres rouges et des ombres violacées, en me retournant, je peux voir comme dans un conte oriental, le clocher d'un palais qui se découpe à contre jour devant un beau soleil rouge, des pigeons s'envolent pour ajouter un peu à la photographie. En rentrant par Gandhi Chowk je m'arrête dans une belle boutique de tissus où les étoffes et les patchworks sont exposés dans une perspective de trois petites pièces, je demande au propriétaire si je peux faire des photos, très gentiment il accepte. Samedi 31 mars Pour cet après-midi j'ai réservé une Jeep avec chauffeur pour faire un tour dans la campagne à 45 kms de Jaisalmer, la balade comprend la visite de trois villages pour finir en fin de journée dans un coin avec des dunes. Dès les premiers kms le désert est là, jonché de pierres jaunes et parsemé de petits arbustes et de touffes d'herbe brûlées par le soleil, une bonne brise fait courir le sable sur la route. Le chauffeur un Bengali est bavard, son anglais n'est pas meilleur que le mien mais il m'explique plein de choses, il vit lui-même dans un village du désert. Premier arrêt dans un village d'une vingtaine de maisons en terre battue ou maçonnées, dès que je descends une ribambelle de mômes de 8 ans tourne autour de moi, photo? Roupie? Pen? Chocolate? Et me prennent par la main en tripotant la bague en argent que j'ai au doigt, je m'en veux de ne pas avoir acheté un paquet de bonbons à Jaisalmer. Je n'ai que mes deux appareils photos avec moi, je me trouve indécent face à leur pauvreté, je photographie quelques maisons mais pour faire de bons clichés, il faudrait rester plusieurs heures, s'asseoir et dessiner pour entrer un peu dans le paysage. Les mains des enfants sont partout, elles tâtent les poches, ils veulent absolument quelque chose. Je retourne vers la voiture, pendant que je marche, je sens qu'on essaye d'ouvrir la poche arrière de mon sac, blague d'enfants?, les rajpoutes sont taquins, Réelle intention de voler? Je ne saurai pas mais je me mets en colère et hausse la voix ce qui disperse les enfants rapidement. Le deuxième village aussi pauvre est plus désert, trois enfants m'accompagnent vers un petit temple qui surplombe les quelques maisons, celui ci n'est pas plus riche, quelques autres photos sans conviction car le soleil écrase encore trop le paysage. Je croise des femmes et des petites filles avec des récipients sur la tête, elles vont chercher de l'eau à un ou deux kms. Nous reprenons la route, troisième village, des chameaux et des chameliers assis ou couchés à l'ombre qui ne s'intéressent absolument pas à moi, seuls les enfants accourent, mon chauffeur m'indique l'un d'eux qui pourra me guider dans ce village, le garçonnet de 8 ans écarte les autres concurrents. Il m'explique qu'il apprend l'anglais à l'école, que les autres enfants n'en veulent qu'à mon porte-monnaie que lui est totalement désintéressé, je vois qu'il a déjà tout compris du « Business ». Le tour du village est assez court, il m'invite à repartir vers la jeep alors que je me serai bien « perdu » un quart d'heure dans ce village mais là aussi le manque de temps ne permet pas de rencontre... avant de partir mon petit guide me réclame quand même un peu de monnaie, il a fait son business je le paye, normal. Arrêt chai chez des amis de mon chauffeur, apparemment tout le monde se connaît dans le désert, les gérants de cette halte pour safaris à dos de dromadaires sont originaires du Gurarat, je reconnais tout de suite leur accueil sans arrières pensées, nous parlons de cette belle région que je viens de découvrir, leur montre mes dessins, ils seront bientôt en vacances, la saison des Camel-safaris se termine, je leur offre mes visions de leur région et ils m'offrent le thé. Autant l'appareil photo agresse, autant le carnet de voyage amadoue, je devrai toujours commencer mon travail par le dessin! Les dunes de Khuhri ne sont plus loin, un poste gouvernemental fait payer le site protégé et juste avant d'arriver des enfants au galop sur leurs jeunes chameaux accompagnent la jeep en proposant leurs services pour grimper la dune. A cette heure, un peu avant le coucher du soleil, les touristes Indiens, très friands de sunset et les camel-safaris convergent vers ces quelques dunes. Les familles indiennes grimpent sur des chariots tirés par un dromadaire, en haut des garçons de 8 ans enturbannés font leurs business. Les uns vendent des sodas tièdes et des chips au triple du prix courant ce qui est normal dans le désert, les autres vous demandent votre prénom et entament des chants vantant je ne sais quoi, peut être que dans la chanson je suis un prince très riche et très très généreux. A deux: un au tambour, l'autre au kartal ils doivent arriver à gagner facile 150 roupies. Mes voisins de dunes sont des Punjabis vivant au canada, ils payent largement les enfants, les filment, boivent des cocas... tièdes, sortent de leur sac une bière forcément tiède, mangent des chips et à mon grand étonnement jette au vent leurs paquets de chips vides, de la part d'un Indien local je ne serai pas choqué mais là, quand même... Je me mets à une petite aquarelle et là, par enchantement, les enfants oublient leurs business avec moi, (les Canadiens restent de bons clients!) et suivent attentivement les coups de pinceaux. Les dunes prennent des belles couleurs, avec quelques passages de chameaux et d'hommes du désert, une lune presque pleine qui monte, la belle heure Indienne arrive avec sa magie. dimanche 1er avril Bonne brise, journée tranquille aujourd'hui, travail dans la chambre pour préparer un envoi e-mail. Vers 15h30 je pars en balade essayer d'explorer quelques endroits non vus, je pourrai revenir à Jaisalmer et me perdre encore dans la citadelle. Arrêt aquarelle sur une des 4 portes du fort, c'est par la même occasion un bon cadrage photo, je prends la lumière, règle le 6X6 prêt pour attraper quelques personnages. Les Indiens sont nombreux à descendre aujourd'hui et s'arrêtent pour commenter le dessin; – very good painting sir ! – Bioutifoul picture, je remercie. Coucher du soleil du toit du désert hôtel puis, je redescends envoyer mon courrier, les enfants d'une école du Val D'Oise m'ont envoyé une photo d'un rangoli qu'ils ont dessiné à la porte de leur classe, je leurs avait envoyé quelques modèles pour agrémenter et décorer leurs carnets et vraiment je suis surpris du résultat. En découvrant leur oeuvre sur l'écran d'un cyber café, un indien qui était assis à coté de moi m'a demandé dans quelle région d’Inde j'avais fait ces photos, c'est dire s’ils ont bien travaillé! Fin de soirée sur la terrasse de mon hôtel, Raju le cuisinier me prépare un Malai Kofta comme jamais je n'en ai mangé en Inde! Pour me faire plaisir il me fait 4 beignets à la bananes, je ne sais pas si c'est sa spécialité mais en tout cas je me régale. 22h, je prépare mon sac, demain lever à 5h, bus à 6, pour Bikaner. Lundi 2 avril 6h,départ pour Bikaner à 320 km dans le Nord Est, route désertique et quelques fois pistes de sable, avec cinq longs stops, le bus gouvernemental arrive à Bikaner à 14h30. A première vue Bikaner est une assez grosse bourgade pas très propre, bruyante et animée, cela change de Mandvi et Jaisalmer qui étaient de toute petites villes, je négocie un hôtel près du centre ville relativement calme. Après un petit encas, tour de reconnaissance du quartier, la vieille ville est juste à coté et c'est un plongeon dans plusieurs bazars; tissus colorés, marché aux légumes et des rues où la grosse foule indienne se fait bien ressentir. La ville mélange un coté moderne et de l'autre l'Inde profonde avec chars à bœufs, gros taureaux couchés au milieu de la chaussée, attelages de dromadaires, temples, sâdhus, mendiants et éclopés et la plaie de l'inde moderne: des milliers de motos et scooters polluants. Au milieu de tout cela, la voie de chemin de fer qui traverse la ville. Je fais quelques photos de tout ce remue ménage, cette ville me plait, il y a des choses à faire, c'est une belle représentation de ce pays... Mardi 3 avril Balade à pieds dans la vieille ville pour monter à travers un quartier de beaux havelis en grès rouges jusqu'à un ensemble de temples; le Laxminath, le temple Jain Bhandasar mais il est fermé, je fais une aquarelle de son gopuram et de sa belle coupole simple mais très bien proportionnée, un ganesh temple avec, dans sa cour un autre sanctuaire où deux mandala/rangolis en légumes secs sont exposés. Cet ensemble est perché sur une petite colline d'où, au sud on peut apercevoir un quartier musulman d’imprimeurs sur tissus. Toutes les pauvres maisonnettes à terrasses sont peintes en bleu ciel, rose, jaune pâle, blanc et ocre, un vrai tableau de Nicolas de Staël. A 13h30, les fidèles évacuent les temples. En fin d'après-midi je retraverse le petit bazar de tissus qui à l'air de faire le bonheur des femmes dont les bras sont couverts de bracelets en os ou ivoire? et larges en argent massif. Je retrouve Kem road avec son effervescence, les barrières du passage à niveau sont fermées, un train est en approche, voilà ma photo, je prends mon cadre, l'attente dure bien dix minutes. L'embouteillage de vélos, motos, rickshaws, chars à bœuf, chameaux est à son summum. Les deux roues et les piétons passent sous les barrières jusqu'au dernier moment, l'indien ne sait pas attendre... Dans un tumulte, un fracas d'acier et sirène hurlante, la locomotive traverse la rue, le convoi « Howra-Bikaner-Howra » arrive de Calcutta à plus de 1600kms d'ici. C'est une séquence filmée qu'il faudrait tourner! Dans le petit parc du Krishna temple je retrouve ce jeune indien rencontré hier qui tient une boutique d'handicraft, il apprend le français à l'alliance française de Jaipur et se débrouille bien, il m'explique quelques ficelles concernant l'argenterie... En repartant vers l'hôtel tous les temples chantent, les cloches sonnent et les tambours battent l'appel à la prière. Mercredi 4 avril Visite de Junagarh, palais construit par le Maharaja Rai Singh 1571-1611, un des plus important général de l'empereur Akbar. Le fort entièrement en grès rouge contient plusieurs palaces tous aussi beaux et d'une profusion de richesses entretenues et complétées au fil des ans par les descendants. Dorures, fresques peintes, moucharabiehs, plafonds en bois sculpté, lustres de Murano, portes en argent, parois incrustées de pierres semi-précieuses, jardins à la Française, collection impressionnante d'armes anciennes, avion et j'en passe... montrent la richesse de ces seigneurs. L'après midi je rentre dans la vieille ville par Goga gate et en ressort par Kote gate, une balade de plusieurs km. Dans les premiers quartiers traversés on peut admirer peut être une centaine d' Havelis en grès rouge ciselé, les ruelles sont calmes, il est vrai que c'est l'heure de la sieste, pourtant l'ombre apporte de la fraîcheur à la promenade. Des petits bazars alternent ces quartiers, là, l'animation est plus importante, beaucoup de boutiques de cerfs-volants, et d'autres petites shops où j'achète une boite en fer blanc, une pierre ponce décorée et quelques objets usuels pour quelques roupies. Sur un marché aux légumes, les vendeurs m'offrent à goûter un genre de cornichon avec un goût de fraise, des petites cerises confites saupoudrées de chilli et de menthe et une femme m'offre une feuille d'Aloes Vera; une feuille d'un genre de cactus aux nombreuses vertus médicinales, la chair flasque est très bonne pour l'estomac et c'est un excellent cicatrisant. Toute cette population est très gentille, on veut m'offrir le thé tous les cents mètres pourtant ce ne sont pas des Maharajas mais leur richesse se place au-dessus des biens matérialistes. Rentré à l'hôtel je prends une bonne douche fraîche, rase ma barbe de 15 jours et me coupe une tranche d' aloes vera que je passe sur mon visage, instantanément une sensation de douceur et de fraîcheur m'enlève la fatigue de la journée.
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2 suite du journal de Bombay à Delhi
- Publié le 09:54 le 7/06/2007 par francois Mardi 27 février Après une bonne nuit tranquille, promenade sur le port puis traversée de la petite ville à travers des quartiers calmes composés de vielles maisons portugaises, certaines sont abandonnées. Bon bain de mer dans une eau tiède sans vague sur la plage de Chakratirth, petit repas vers Sun set point et traversée du petit village de Futam sous un soleil puissant mais supportable grâce à un petit vent. Visite de Gangesh war temple; une petite cavité dans les rochers avec quelques Lingams submersibles par la marée, aquarelle d'un Ganesh Indo-Portugues très coloré. Retour à Diu par Zampa gateway une porte dans la muraille rouge qui entoure la ville. Petite bière à la terrasse d'un restaurant sur le port face au bras de mer qui sépare l'île de Ghoghla pour se reposer de ma petite marche de 12 km ( 12= bara ). Depuis que je suis à Diu c'est les vacances! Mercredi 28 février Ce matin, bonne brise soutenue d'ouest. Je loue une « moped », la mobylette du coin pour faire le tour de l'île, la circulation sur Diu est tranquille!. Un premier stop au Musée de Diu, dans une église portugaise une collection de saints et anges catholiques, 6 km plus loin: Nagoa beach, La plage renommée de l'île; bel arc de cercle en sable propre et doré, orienté au sud, les Indiens middle classe font des tours de hors-bord, de parachute ascensionnel ou observent les rares occidentales en maillot de bain, déjeuner prés de la plage... Repris la moped qui tourne comme une horloge, bien tenir sa gauche et bip bip pour m'annoncer aux passants, petite route ombragée de palmiers, je passe Vanakbara et me retrouve vers Bucharvada où d'après mon plan se trouvent des marais salants à la place j'aperçois des vasières désertiques, dommage. Demi-tour pour retourner sur Vanakbara un joli village de pêcheurs, à quai une cinquantaine de Dhows (chalutiers de 12, 14 mètres) autour desquels règne une belle activité: ravaudage des filets, livraison de glace et de gas-oil, des enfants partout qui me demandent des stylos où de les photographier, des femmes occupées aux tâches ménagères, qui éventent du blé, des gargottes où les marins jouent aux cartes en buvant du thé ou de la bière. Du poisson sèche sur le sol ou sur des séchoirs en bois, les corneilles en profitent bien en chapardant cette nourriture ainsi offerte. Plus loin un chantier naval où une autre cinquantaine de Dhows sont en construction, on m' invite sans problème pour visiter, ici, un ouvrier coupe le bois rouge avec une scie circulaire diesel, là, d'autres assemblent une quille où étoupent la jointure des bordées, le chef du chantier m'invite à monter à bord d’un bateau presque fini, je constate que c'est du solide, les bordées font bien cinq centimètres d'épaisseur. Prix de l'embarcation équipée pour la pêche: 20 laks (20 millions de roupies). Je termine ma visite par quelques photos et prends l'adresse du chantier. Sur le chemin de Diu town à 17h, je prends un bain sur Chakratirth beach quasi déserte, l'eau est douce et bonne... Jeudi 1er mars Ce matin, pluie d'orage mais le soleil revient vite, balade vers Zampa gateway, je trouve un mécanicien qui me répare ma courroie de Rolleiflex avec deux rivets, elle menaçait sérieusement de lâcher. Repas de pomfret et dessins de dhows échoués devant le port. Dans les rues les marchands ambulants vendent déjà les pigments colorés et les pompes à eau pour la fête du printemps; la Holi qui à lieu dans toute l'Inde dimanche prochain, jour de la pleine lune. En fin d'après midi je me fais déposer à Ghoghla, un village sur le continent, les maisons ont toujours une influence portugaise et je remarque au cou de certains Indiens une grosse croix catholique. Près du port, un marché de nuit aux poissons, les vendeuses s'éclairent avec des lumignons à pétrole pour présenter leurs marchandises: quelques petites langoustes, des crevettes royales de 20 à 25 cm, des crevettes tigre plus petites, un gros crabe ficelé, des pomfrets de belles tailles, petits thons blancs, petits requins et des oeufs de poissons de la taille d'une grosse bille rose. Retour sur Diu pour un repas chez l' « Italien », O' Couqerô avec une assiette de crevettes au cognac et pâtes huile d'olive. Vendredi 2 mars Dernier jour à Diu, visite de l'église Saint Paul typiquement Portugaise, grande nef peinte en bleu ciel, au fond du chœur la Madone entourée de ses anges. Après midi sur la plage et peut être dernier bain du voyage... Un groupe de chiens lézardent au soleil. Retour sur la ville, arrêt et promenade dans des grottes où des banians de leurs racines envahissent les espaces libres. 18h petite bière en terrasse avec un début de soirée calme et vue sur la mer où un pêcheur debout dans sa pirogue lance d'un geste précis son filet. Plus tard, un passage au cyber café et ce soir je me paye un King fish tandori devant la mer, un régal. Samedi 3 mars Ce matin à Diu, pour le week end, les mendiantes avec leur bébé et les touristes Indiens sont arrivées en masse, en quelques heures la population a plus que quadruplé, l'île est beaucoup moins tranquille, il est temps de partir car avec l'alcool la Holi va être insupportable. Mon bus pour Veraval n'est pas là à midi, ni à 13h... à 13h30 je décide d'en prendre un pour Una, une plus grosse ville à 15km d'ici d'où j'en aurai un à coup sur. A 14h30 je grimpe dans un bus vraiment déglingué, cela faisait longtemps que je n'en avais pas vu un pareil... apparemment le moteur pête le feu et son klaxon trois tons vrille les oreilles donc il est bon pour la route, il vibre tellement que j'ai peur que toutes les vis de mes appareils photo se retrouvent au fond de mon sac! En ligne droite le chauffeur (encore un artiste) donne des grands coups de volant tantôt à droite tantôt à gauche; la crémaillère de direction a l'air bien édentée et tout l'art de mon chauffeur est dans l'anticipation... L'hôtel visé est malheureusement complet, dommage car il était à l'écart du bourg, avec un balcon terrasse avec vue sur la mer, l'idéal pour attendre la fin de la Holi. Il est effectivement impossible pour les occidentaux de participer à cette fête tant les Indiens sont excités, il peuvent être violents car ce jour là ils peuvent régler tous leurs comptes et leurs rancœurs, le lendemain ils s'embrassent tous fraternellement mais le jour J. ce sont des batailles de quartiers où on se jette des pigments colorés mélangés à l'eau. J'ai vu à Bénarès et à Mathura des touristes bouffer des pigments! Cette fête doit être sympathique dans les petits villages de campagne. Ce soir à Veraval des grands feux ont été allumés et seront entretenus toute la nuit, à minuit début des hostilités pendant 12 heures, j'ai fais mes provisions pour tenir le siège sans avoir à sortir demain. Dimanche 4 mars Je ne me risque dehors qu'à partir de 14 h, l'ambiance est calme, les chiens, les vaches, les scooters sont rouges, les Indiens déambulent par groupes ou a trois sur une moto, couverts de la tête aux pieds de pigments verts et fushias. Je fais quelques photos des combattants de la guerre des couleurs qui posent sans problème avec gentillesse. Vers 16h je me fais déposer sur le port, belles infrastructures portuaires: des digues et trois bassins remplis de mille Dhows, des entrepôts à sel et à glace et un chantier naval où une trentaine de navires de 12 à 18 m. sont en cours de réalisation, plus loin deux énormes Dhows/cargos d'au moins 40 m. de long, malheureusement c'est jour de congé et la place est vide. Petite marche de 3 km pour rentrer, les quartiers anciens sont déserts, les boutiques ont les rideaux métalliques baissés, un drôle d'effet en Inde. Les rues sont rouges de pigments, une vision un peu apocalyptique... Vers 19h, quelques boutiques ouvrent, la vie reprend. Lundi 5 mars Visite du temple de Somnath, à 3km de Veraval. Bâti en or par Somraj le dieu de la lune, reconstruit en argent par Ravana puis en bois par Krishna et en pierres par Bhindev. Détruit par les Afghans, reconstruit par les Indous, redétruit par les Musulmans et par Aurarangzeb en 1706, reconstruit par Patel en 1950, il résista au séisme de 2001. Il renferme l'un des douze jyotis linga, les reliques de Shiva donc très visité et bien gardé par la police: pas de caméra, appareils photo, mobile ni ... revolver! Je rentre avec mon carnet et un crayon, suis la foule, une file pour les femmes une autre pour les hommes, jusqu'à l'énorme lingam en pierre noire, le yoni est en argent, en ressortant je dessine un rondeau au plafond du deuxième sanctuaire représentant une scène de Trimurti (Shiva, Parvati son épouse et le fiston Ganesh), à l'extérieur une aquarelle rapide du temple, si je me lance dans un dessin j'en ai pour plusieurs heures! Sur la plage devant ce temple de la mer, les Indiens regardent les vagues et font des balades à dos de chameaux affublés de chapeaux de pailles. Retour à Veraval promenade vers le phare et la plage déserte, une grande éolienne hors service et au loin, les vagues de l'océan Indien qui brisent sur les falaises. Mardi 6 mars Ce matin, petite distance pour changer de ville; 80 kms fait en deux heures dans un beau bus calme, si si cela existe! Me voilà donc à Junagadh, une très, très belle ville nichée entre quatre petites montagnes. Tout l'après midi je me promène dans la vieille cité, les habitants sont charmants comme dans tout le Gujarat, il y a des bazars qui ressemblent à ceux de Bénarès ou d'Haridwar: des ruelles minuscules, encombrées de marchandises, de bijoutiers et des vendeurs de bangles. J'arrive sur une magnifique place en demi-cercle avec des porches ouvragés surplombés de hautes horloges et des bâtiments immenses de l'époque des Nababs. Je traverse ces quartiers émerveillé jusqu'au Fort Uperkot, a l'intérieur; une ancienne mosquée, des grottes Bouddhiques, deux baolis (réserves d'eau souterraine), tous les gens que je croise me souhaitent la bienvenue en Gujarati et malgré les difficultés linguistiques nous arrivons à nous comprendre par L'Hindi (tola, tola: un petit peu) et trois mots d'anglais. En soirée; cyber café hyper lent, j'abandonne vite, j'en trouverai peut être un plus rapide demain si j'en ai la force car demain: lever 6h pour attaquer l'ascension de Girnar hill, une des petites montagnes, 7000 marches au programme, trois fois plus que Palitana, pour aller visiter plusieurs temples au sommet. Mercredi 7 mars A 7h j'attaque les premières marches de Girnar Hill, la montagne des Dieux, il fait frais et il n'y a pas foule. Les mille marches du début montent à travers une forêt de teck, les singes blancs gambadent autour de moi, toute la montée se passe à l'ombre de la montagne et tous les 500m. Il y a une petite shop qui vend de la boisson et des biscuits. Il me faut 2h ½ pour arriver au niveau des marches numéros 5000, à cet endroit il y a quatre ou cinq temples Jains magnifiques, je continue, je les visiterai à la descente... A 10 h j'arrive au sommet au temple Hindou d'Amba Mata où je peux faire sonner une grosse cloche au milieu de drapeaux qui claquent au vent, le paysage est superbe. La descente s'avère pas si facile que cela, les jambes sont déjà bien fatiguées et maintenant c'est les genoux qui sont sollicités. Visite d'un petit temple Hindou dédié à Gaumuck (le museau de la vache délivrant les eaux du Gange), petite pause en compagnie de saddhus. Plus bas les temples Jaïns, imposants et finement sculptés dominent toute la vallée, l'un d'eux tout en pierre très foncée présente sur son pourtour de très belles sculptures expressives, je peux pénétrer dans un second, Neminath temple, en laissant mes appareils photos à l'entrée, les temples Jaïns sont très surveillés et toujours quelqu'un m'accompagne en me collant aux pieds... grand ensemble de bâtiments en pierres foncées, coupoles recouvertes de mosaïques et terrasses de marbre en damiers, dessins rapide car le temple ferme je le mettrai en couleurs plus tard... A 15h je suis enfin redescendu avec les genoux qui capotent, je ne suis pas le seul, quelques indiens descendent les dernières marches en crabe. Une bonne douche à l'hôtel et je pars pour une sieste. Séance de cyber café, je suis en retard car à Véraval je n'en ai pas vu un seul, les images sont très lentes à télécharger, j'y passe deux heures pour faire une mauvaise manip et tout perdre, j'abandonne pour aujourd'hui, je vais faire des images moins lourdes à l'avenir. Ce soir massage des jambes au camphre... Jeudi 8 mars Quelques douleurs dans les jambes quand même... Troisième tentative Internet, ici à Junagadh c'est t r é s , t r é s l e n t, il me faut une bonne demi heure pour ouvrir ma boite e-mail quant au téléchargement des images que j'ai déjà réduite de moitié, au bout de 25 minutes, la machine bloque sur le premier fichier, finalement je repasse une bonne heure sur l'ordi du patron, plus puissant pour envoyer péniblement mon courrier sur Diu. Voilà comment on passe une demi-journée en Inde... L'après midi, visite de l'Aryuvédique collège dans un ancien palais Nabab en cours de décomposition, les médecins sont très serviables mais ils m'expliquent que leur petit musée a été transféré à Delhi, ils me montrent quelques plantes rares ainsi qu'une vieille carte où l'on peut trouver ces plantes en voies d'extinction et me conseille de prendre des renseignements en France. Un ricksaw m'emmène au mausolée Mahabat Maqbara, propriété abandonnée par un nabab rallié au Pakistan. L'édifice a été construit en1892 avec une complexe architecture Indo-Islamique-Gothique surprenante, il est entouré de quatre minarets en pierres entourés d’escaliers extérieurs en colimaçons, dessin rapide. Promenade au frais dans les ruelles du chowk (le bazar), achat d'une bague ancienne en argent: un petit lingam entouré d'une rosace. Photographies des artisans qui posent volontiers. Vendredi 9 mars Bon une chose est sure; c'est le surlendemain que les mollets crient douleur mais pour prendre le bus ça ira! Arrivé à Jamnagar après 3h1/2 de trajet, visité 4 hôtels avant de trouver le bon, un peu cher mais frais et propre et relativement calme (on a plus vingt ans!) Un peu de repos dans la chambre, aquarelle de pèlerins Jaïns vus marchant vers la montagne des Dieux. Ils font peine à voir avec leurs chariots d'handicapés où ils se relaient tour à tour, leurs bâtons portant le petit baluchon mais c'est surtout leurs tristes mines qui étonne, autant les sâdhus et swamis Hindous sont souvent rayonnants, eux ont les yeux cernés, ont l'air sous alimentés c'est vrai qu'ils mettent un bâillon devant le nez et la bouche pour éviter d'avaler et tuer les insectes... L'après midi balade |